AGAPES FRANCOPHONES 2025

Déterritorialisation et reterritorialisation : des identités rhizomatiques dans la Trilogie Le Pays des autres de Leïla Slimani 298 empreinte de tensions, car elle implique un équilibre fragile entre l’acceptation du nouveau et la préservation de son passé. Son père, Mehdi, perçoit également cette transformation et l’encourage à couper les ponts avec ses racines pour embrasser pleinement sa nouvelle vie : « “Mia, va - t’en et ne rentre pas. Ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol, alors peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte le feu.” » (EF, 340). Ainsi, son processus de reterritorialisation ne suit pas un chemin linéaire. Elle oscille entre appropriation et rejet, nostalgie et ambition, acceptation et résistance, témoignant de la complexité de son rapport à l’identité et à l’appartenance. Le parcours d’Inès, la sœur de Mia, est marqué par une tension profonde entre son identité d’origine et son désir d’intégration dans la société française. Contrairement à sa sœur Mia, qui trouvait du réconfort dans la foule de Barbès et la musicalité de l’ arabe, Inès préférait tourner le dos à son pays natal. Elle se répétait sans cesse : « Je me sens française. Je me sens française. Bien sûr que je suis française » (EF, 322). Entre la France et le Maroc, elle oscille, tiraillée entre ces deux univers hérités de son père marocain et de sa mère française. Son départ pour Paris, où elle poursuit ses études, marque une rupture décisive. Plus qu’un simple changement d’environnement, il s’agit d’une transition identitaire majeure. Elle découvre un univers régi par des normes différentes, où elle doit s’adapter à une culture et une vision du monde nouvelles. Peu à peu, son éloignement du Maroc ne se limite pas à une distance physique, mais s’accompagne d’un détachement progressif des traditions et des normes familiales. Elle construit une identité hybride, entre attachement à ses racines et volonté de s’inscrire pleinement dans la société française. Toutefois, cette quête ne trouve pas de résolution stable : son identité demeure mouvante, marquée par une oscillation entre affirmation de soi et effacement de certaines facettes de son héritage. Cette tension se manifeste de façon douloureuse dans son quotidien. En France, elle cherche à se fondre dans son environnement, modulant son comportement et son discours en fonction des contextes. Mais cette adaptation constante a un prix : face à une situ ation d’humiliation, elle s’interroge sur son identité et sa loyauté envers son héritage : « Elle avait baissé la tête et s’était laissé humilier. ‘‘Et si j’avais eu un accent, pensa -t- elle. Si j’avais porté un voile, si je m’étais mise en colère, comment cela se serait-il passé ?’’ Elle se demanda : ‘‘ Est - ce que j’ai trahi les miens ? Et d’abord, qui sont

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