AGAPES FRANCOPHONES 2025

Abdeslam EL ADLOUNI 299 les miens ?’’ » (EF, 324). Lorsqu’elle retourne au Maroc, elle prend conscience que son lien avec ce pays s’est érodé. Elle ne s’y reconnaît plus totalement et ressent une forme d’étrangeté face à une société qui a évolué sans elle. À travers le parcours d ’Inès, se dessine la complexité des identités diasporiques. Son expérience illustre la difficulté de concilier plusieurs appartenances culturelles, entre enracinement et détachement, héritage et émancipation. Cette oscillation constante met en lumière la f luidité de l’identité, en perpétuelle recomposition face aux contextes et aux expériences de vie. 2. Déterritorialisation et reterritorialisation dans l’écriture Dans la trilogie de Leïla Slimani, la déterritorialisation et la reterritorialisation ne s’expriment pas seulement à travers le parcours de ses personnages, mais aussi dans son usage du langage et son style narratif. Son écriture oscille entre un déplacement du français hors de ses cadres traditionnels et une tentative de l’ancrer dans une forme stable, créant ainsi une dynamique à la fois fluide et maîtrisée. Cette dynamique peut être appréhendée à travers le prisme de la littérature mineure , puisqu’elle e st produite par une minorité qui écrit dans une langue majeure (Deleuze et Guattari 1975), et elle manifeste un double mouvement de déterritorialisation et de reterritorialisation de la langue française. Ce processus se donne à voir dans un usage singulier du français, que Deleuze nomme dans Critique et clinique le « bégaiement [...] de la langue » (1993, 139), un espace où l’écart linguistique devient à la fois esthétique, politique et identitaire. Loin d’être figée, la langue de Slimani est traversée par une tension entre plusieurs registres linguistiques et narratifs, qui participent à une déterritorialisation du français. Elle la déracine, l’arrache à ses usages normés pour la faire résonner autre ment. En somme, elle fait fuir la langue pour mieux la réinventer. C’est exactement ce qui se joue dans le premier volume de la trilogie, où son style se caractérise par une hybridité subtile, où le français est imprégné de l’arabe et du berbère : « Elle parlait de razzias, de fellahs, de djinns et de zelliges de toutes les couleurs » (GGG, 18). Ces langues, bien que rarement utilisées directement, résonnent à travers des noms propres, des expressions culturelles et des tournures spécifiques, déplaçant ainsi le centre de gravité du texte vers un ailleurs linguistique. La déterritorialisation s’exprime également dans le regard extérieur que l’autrice porte sur la langue française. Écrivant dans la langue de la colonisation et de l’école, elle se l’approprie, la module et la transforme en un espace hybride où coexistent plusieurs

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