AGAPES FRANCOPHONES 2025

Trond Kruke SALBERG 29 pourrait, avec un terme il est vrai passablement anachronique, appeler leur idéologie. Les textes dont il s’agit ne sont que trois : la célèbre Chanson de Roland , la Chanson de Guillaume et le fragment Gormont et Isembart . Pour dire simplement ce qui distingue ces textes des autres chansons de geste, on peut affirmer qu’ils sont plus graves et pour ainsi dire plus exclusivement préoccupés par leur contenu sérieux. Dans les chansons de geste en général, il y a pas mal d’hum our, le thème de l’amour joue souvent un rôle considérable et avec le temps on voit de plus en plus l’influence des romans de chevalerie. En effet, les chansons de geste tardives ne se distinguent guère des romans sauf pour ce qui concerne la forme. Dans ce qui suit, l’accent va bien sûr être mis sur la Chanson de Roland . Cette chanson est – de tous les points de vue – la plus importante. La première chose à remarquer à propos du texte qu’on appelle le plus souvent la Chanson de Roland – même s’il existe aussi des éditions modernes publiées sous d’autres titres – c’est que le personnage central n’est pas Roland, mais son oncle Charles (c. -à-d. Charlemagne). La Chanson de Roland dit seulement que Roland est le neveu de Charles, mais d’autres textes précisent qu’il est le fils de sa sœur. Cette tradition suit donc un schéma trop répandu pour qu’il puisse être considéré comme un hasard : Roland est le fils de la sœur de Charles comme Gauvain est le fils de la sœur d’Arthur, comme l’Irlandais Cú Chulainn est le fils de la sœur du roi ulstérien Conchobar, comme Tristan est le fils de la sœur du roi Marc. On peut se demander s’il n’y a pas ici un vague souvenir d’un système matrilinéair e 5 . Le début de la Chanson de Roland raconte que Charles – « Charles le roi, notre grand empereur » – est en train de terminer une guerre, celle de la conquête de l’Espagne ( I 6 ) . La guerre dure depuis sept ans, mais maintenant il ne reste aux Sarrasins qu’une seule ville : Saragosse. À la fin de la chanson, la conquête de l’Espagne est symboliquement accomplie par la conversion et le baptême de la femme qui avait été la reine sarrasine du pays (CCXCVI – CCXCVIII). Mais la fin n’est nullement un simple triomphe. La dernière laisse raconte que saint Gabriel vient se présenter au roi pour lui dire qu’il faut qu’il aille secourir une ville chrétienne qui est assiégée par des païens. C’est cette nouvelle fait pleurer Charles. Je cite les derniers vers de la chanson : 5 V. à ce propos aussi Tacite, Germania , chapitre 20. 6 Les chiffres romains se réfèrent aux laisses.

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