AGAPES FRANCOPHONES 2025
Les pleurs de Charlemagne : la racine de l’idéologie des plus anciennes chansons de geste 32 garde franque sont tués – y compris Roland lui-même. Quand Charles et le reste de l’armée arrivent, ils ne trouvent que son corps mort (CLXXVII). D’un point de vue militaire tout ceci est passablement absurde. Quelle est l’utilité d’une avant - garde ou d’une arrière -garde qui ne reste pas en contact avec le reste de l’armée ? Mais malgré le fait que la guerre est le motif central de la chanson, l’auteur ne s’intéresse ni à stratégie ni à la tactique. Ce qui l’intéresse, c’est quelque chose qui concerne à la fois le moral et la morale : c’est une notion en quelque sorte exagérée de l’honneur, une notion qui fait qu’on ne peut ni refuser une tâche à la fois inutile et dangereuse ni appeler à l’aide quand on en a besoin. Un élément central de cette notion de l’honneur, c’est qu’il n’y a jamais de pause . Vers la fin de la chanson on voit que la guerre d’Espagne est doublement et définitivement terminée : le traitre Ganelon a été condamné et exécuté ; la reine d’Espagne a été convertie et baptisée. Mais cette fin apparemment si satisfaisante n’est pas une fin définitive. Car Charles reçoit immédiatement une nouvelle tâche : Quant l’emperere ad faite sa justice E esclargiez est la sue grant ire, En Bramidonie ad chrestïentét mise. Passet li jurz, la nuit est aserïe, Li reis se culcet en sa cambre voltice. Seint Gabrïel de part Deu li vint dire : « Carles, sumun les oz de tun empire ! […] » (3988 – 399 4 12 ) Quand l’empereur a fait sa justice Et que sa grande colère s’est apaisée, Il a mis christianisme en Bramidonie. Le jour passe, la nuit s’est assombrie, Le roi se couche dans sa chambre voûtée. Saint Gabriel vint lui dire de la part Dieu : « Charles, fais venir les armées de ton empire ! […] ». Le roi n’a même pas, semble -t- il, le temps de s’endormir avant de recevoir une nouvelle tâche. Un aspect un peu différent de ce phénomène est exprimé d’une manière emblématique par un passage où il s’agit de l’archevêque Turpin : 12 Je suis en principe le texte publié par Whitehead. Mais je fais parfois de petites modifications (sans le signaler). Ainsi au vers 3992 je remplace Culcez s’est li reis par Li reis se culcet – le texte de Whitehead (et du manuscrit) est métriquement impossible.
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