AGAPES FRANCOPHONES 2025

Trond Kruke SALBERG 39 Le chevalier chrétien muert conqueranz , mais avant la mort il n’y a pas de répit, pas de pause. * Les plus anciennes chansons de geste sont datées vers l’an 1100 ou peu après. Il n’est donc pas surprenant qu’on ait voulu les mettre en rapport avec les croisades ou avec « l’esprit des croisades ». Cette conception des choses a sans doute sa part de vérité. Guibert de Nogent a intitulé son ouvrage sur la première croisade Gesta Dei per Francos – « les Actes de Dieu par les Francs ». Cela peut évidemment être vu comme une outrecuidance ou comme une manifestation de la faute que les théologiens appellent triomphalisme. Mais une autre interprétation est possible : l’idée que c’est aux Francs – c’est -à-dire aux chrétiens de l’Occident – d’accomplir les actes de Dieu ; cette idée peut aussi être vue comme une exigence, comme le rappel à un devoir. Dans ce cas, il s’agit d’un devoir extrême, ultime, dans le vrai sens du mot surhumain. Il me semble cependant que l’énorme pathos qui caractérise les premières chansons de geste s’accorde mal avec le temps de la première croisade. Car la première croisade résulte tout de même en la prise de Jérusalem par les chrétiens en 1099. Et l’esprit qui domine dans ces chansons s’accorde aussi mal avec l’ère du Charlemagne historique. Cette époque fut marquée par une grande expansion de l’empire des Francs – aussi bien dans le domaine politico-militaire que dans le domaine culturel. Charlemagne a pris l’Espagne jusqu’à l’Èbre, il a pris de gran ds domaines dans l’Est (notamment en soumettant les Saxons) et il a conquis le royaume des Lombards en Italie, il a pris le titre rex Francorum et Langobardorum . Le jour de Noël de l’an 800 il se fait même couronner empereur de l’Occident par le pape. Cet acte symbolique est loin d’être un vain geste de propagande : Charles contrôlait une très grande partie des territoires qui avaient constitué l’Empire occidental de la fin de l’Antiquité et même des régions comme la Bavière et la Saxe qui ne firent jamais partie de cet empire. Il me semble qu’il est aussi pertinent dans ce contexte d’évoquer l’énorme importance de Charles pour l’histoire culturelle de l’Europe. C’est presque exclusivement grâce à ce qu’on appelle la renaissance carolingienne que nous connaissons une certaine partie de la littérature latine de l’Antiquité. Il est vrai que ce que nous possédons n’est qu’une infime partie de ce qui a existé, mais il est permis d’espérer que les œuvres conservées sont en général les plus

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