AGAPES FRANCOPHONES 2025
Les ruines romantiques : récit des origines, retour au présent 44 parle la ruine dans la première moitié du XIX e siècle, c’est d’abord, on le sait, la littérature : elle est par excellence le lieu du poncif littéraire, et souvent le romantique parle moins de pierres que de fantômes, de figures rêvées, de lieux abolis, de mythes évanouis et de regrets d’un temps qui n’est plus. Tout se dit sur la question entre Volney et Flaubert, les poncifs se retournent contre eux-mêmes ; ce motif si transparent est une matière difficile à cerner dans ses rapports au temps, au voyage, à l’histoire et à l’art. La ruine est donc à la fois le moteur d’un rêve sur le passé et la trace d’un réel qui s’impose – mais seulement à celui qui sait voir : mal regardée, elle est un écran, un pratique et confortable poncif ; examinée avec compétence et disponibilité, elle dit un autrefois, certes aboli, mais plus ancré dans le réel que les rêveries superficielles et les déclarations poétiques d’usage. La ruine sait nous parler de nous, nous dire qui nous fûmes et qui nous sommes. Les ruines sont diverses et innombrables à l’époque romantique. En fonction de l’époque dont elles témoignent et des postures philosophiques ou politiques, elles proposent des discours variables : on se souvient peut-être du moine de l’Hiver à Majorque de George Sand qui vient brutalement contrarier les rêveries poétiques du jeune artiste sur ce qui reste du couvent de Saint Dominique à Majorque pour lui rappeler qu’elles exhibent moins les vies de méditation idéale qui s’y sont déroulées que la violence brutale de l’Inquisition. Les ruines ne se resse mblent pas, elles revêtent des significations contradictoires, mais elles ont toutes un point commun : antique, médiévale, Renaissance ou même naturelle, elles mettent littéralement nos racines sous nos yeux. La ruine est donc inévitablement liée au souvenir de la genèse des peuples, ce qui est une évidence quelque peu éculée. Mais il faut le rappeler, parce que cette ruine de la première moitié du XIX e siècle est un déclencheur fantasmatique avant d’être un objet posé dans le paysage susceptible de nous apprendre quelque chose sur nos origine s 23 . Elle transforme la généalogie en récits plus ou moins véridiques, plus ou moins proches d’une réalité attestée, en fonction du goût et de la volonté de l’auteur. C’est parce que la littérature est reine, que la subjectivité triomphe et que le réel est parfois plus encombrant que décisif. L’association entre ruines et rêves est courante à l’époque, elle devient presque immédiatement un poncif, 23 Déjà Volney, fait remarquer Paul- Laurent Assoun, n’a pas besoin de voir Palmyre pour la décrire, « preuve que les ruines ne sont pas des objets empiriques, mais des « transcendentaux », des idéals-types « incarnés » (151).
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