AGAPES FRANCOPHONES 2025
Les ruines romantiques : récit des origines, retour au présent 50 reconstitue une scène entière qui n’a rien à envier aux récits historiques à la mode : « Á l’aide de ces fragments, qui ne forment pas la centième partie des richesses découvertes à Khorsabad, rien n’est plus facile que de reconstruire en idée le palais de ces rois considéré jusqu’ici comme fabuleux ; et si nous voulions faire un roman historique à la Walter Scott sur Merodach-Baladan, grâce à M. Botta, nous pourrions y mettre la couleur locale la plus exacte […]. » (Gautier Caprices et zigzags 336). On voit que la recherche des débris du passé relève du réflexe, comme s’il allait de soi que c’est à partir des ruines que doit s’élaborer la description et qu’il n’y a guère d’efforts à faire pour se retrouver dans la Babylone du VI e siècle avant Jésus-Christ – et le souvenir biblique, l’ombre de Nabuchodonosor se présentent immédiatement à l’esprit du lecteur contemporain. Cette familiarité innée a d’autres conséquences : « La ville antique a disparu sans presque laisser de traces ; les riches palais de la dynastie grecque, des Paléologues et des Comnènes, se sont évanouis ; leurs colonnes de marbre et de porphyre ont servi à la construction des mosquées, et leurs fondations, recouvertes par les frêles baraques musulmanes, se sont oblitérées peu à peu sous la cendre des incendies […]. » (Gautier C 334). C’est une autre caractéristique des ruines dans les paysages romantiques, et pas la moins importante : même chez ceux qui, comme Gautier, sont les plus réticents à bâtir des fantasmagories sur les restes du passé, il est si naturel de partir de la ruine pour dire le paysage, qu’on l’utilise même absente. Et le paysage d’autrefois s’impose même quand il n’en reste plus la moindre trace dans les lieux qu’on a sous les yeux. Chez les héritiers de Chateaubriand, qui tiennent à se démarquer de leur illustre prédécesseur, le rappel historique n’est plus ce qui vient immédiatement à l’esprit devant le paysage. La ruine est parfois un repoussoir : la mettre à distance revient à s’a ttribuer un certificat d’attention au réel. Une autre manière d’atténuer leur poétisation consiste à intégrer les ruines dans le paysage moderne en leur refusant la beauté. Le regard du voyageur peut être ambigu : en reconnaissant « évidemment des fragments de ruines, rajustés par une main plus faible et par un goût déjà corrompu » à Baalbek, Lamartine se garde de tomber dans la grandiloquence et la célébration d’un passé historique dont la rupture avec le temps présent est plus timide que ce qu’on trouve d ans la tonitruante nostalgie de
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