AGAPES FRANCOPHONES 2025

Les ruines romantiques : récit des origines, retour au présent 52 qui évoquent la triste situation de l’Orient moderne une fois perdu le souvenir l’Antiquité et celui du christianisme, une fois anéanties les racines de la civilisation : « si l’on reconnaissait encore Athènes à ses débris, on voyait aussi, à l’ensemble de son architecture et au caractère général des monuments, que la ville de Minerve n’était plus habitée par son peuple. » (Chateaubriand IPJ 165). Profession extraordinaire, plainte de celui qui ne croit pas que la Grèce puisse accueillir une autre humanité que celle du siècle de Périclès, qui ne peut se décider à considérer la possibilité que sa Grèce antique soit remplacée par autre chose. Occasion d’une désillusion, le monument délabré est donc aussi le lieu où se révèle un présent désespérant : « Ruines partout ; ça respire le sépulcre et la désolation. La malédiction de Dieu semble planer sur la ville ; ville sainte de trois religions et qui se crève d’ennui, de marasme et d’abandon » (Flaubert 246). Ou encore le même Flaubert : « onmarche sur des merdes et l’on ne voit que des ruines » (244). Replacer la ruine dans un contexte moderne loin du pittoresque, jouer avec la trivialité d’une modernité et d’un contexte qui placent les vestiges des temps anciens bien loin de la rêverie familière, obligent à reconsidérer le regard béat ou naïf que la littérature porte sur ces objets. On se trouve brutalement coupé de ce passé bienheureux, de ces origines fantasmées, de tout ce que la culture livresque a pu faire de ce qu’on a sous les yeux pour découvrir qu’on est démunis devant les restes d’une époque i rrémédiablement perdue. Pour toutes ces raisons, la ruine de l’époque romantique est l’occasion de refuser de conférer aux débris lamentables qu’on a sous les yeux les pouvoirs de la ruine hugolienne. Quand elles ne sont pas heureuses, c’est -à-dire quand on ne peut pas en faire un objet littéraire, les ruines sont le signe d’un entre -deux cruel, elles suggèrent qu’on arrive trop tard pour assister aux temps glorieux d’une histoire triomphale, qu’on est trop désabusé pour croire encore aux promesses d’une nostalgie satisfaite. Elle s rappellent au poète trop lucide ou à l’écrivain né un peu trop tard, qu’il est le dindon de la farce. Nerval est le spécialiste des clarifications fâcheuses, des brouillards qui se lèvent et laissent démuni devant la réalité : ainsi devant Saint-Jean- d’A cre

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