AGAPES FRANCOPHONES 2025
Moustapha FAYE 65 stagnation. La citadelle est image de rempart et de centre, tout en s’ouvrant sur l’étendue et l’illimité. Tout comme Gaston Bachelard avant lui, Jean-Pierre Richard est convaincu que toute écriture est la manifestation d’un rapport particulier au monde. Ce point de vue affleurait déjà dans l’intuition d’un Lamartine : « L’homme a beau regarder et embrasser l’espace, écrivait le romantique, la nature entière ne se compose pour lui que de deux ou trois points sensibles auxquels toute son âme aboutit » (Richard, 166). C’est donc avec cette critique de conscience que nous voudrions arpenter les trois dimensions qui composent l’infinitude de l’espace saint - exupérien (à savoir l’océan, le ciel et le désert) avant de voir par quelle dynamique inverse l’écrivain les annihile pour les réduire en un jeu de réseaux, celui qui construit d’abord le nœud qu’est l’homme Saint - Exupéry pour le dépasser, ensuite, dans la tension d’un sens toujours plus loin s’interrogeant sur l’essence de l’Homme. 1. Pour l’infini / contre l’infini : éparpillements et conjonctions Saint-Exupéry est le suprême claustrophobe. Ce qui se lit d’abord par le refus des règles. Après son échec au concours d’entrée à l’école navale, il débute une formation en architecture. Mais, « plus souvent qu’en atelier, on le trouve dans les troquets en vironnants » (Tanase 2013, 38). Il se reconvertit peu après en vendeur de camions. Le travail est bien rémunéré mais le jeune homme ne peut souffrir longtemps cette vie sédentaire. Devenu pilote de ligne en 1926, il oublie assez souvent de rentrer son trai n d’atterrissage ou de brancher ses instruments de bord : il s’égare fréquemment dans les cieux. Les années n’y changeront rien. La claustrophobie de Saint- Exupéry s’extériorise ensuite par l’irrésistible attraction du désert. Chez l’écrivain -pilote comme chez Le Clézio, la ville est une caverne opaque où ne luit pas l’astre. Quel talisman puissant a pu attirer l’adolescent des bis trots parisiens au cœur des solitudes désertiques sablonneuses du Sahara ? En Patagonie, quel chant de chaman irrésistible a aimanté vers la terre des condors, le plus gai compagnon des libations de la France de l’entre -deux-guerres ? Une première réponse fuse de la sagesse de l’enfant, le Petit Prince qui, un soir, fit une confidence à son compagnon du Sahara : « Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part » (Saint-Exupéry 1943, 721). Le désert est l’espace sacré le plus commun aux religions ; c’est en son sein que luit l’étoile de l’Élu. Le Mage doit s’y recueillir pour guetter le signal lumineux. Au-delà il incarne tout ce qui refuse la
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