AGAPES FRANCOPHONES 2025
Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien 66 stagnation, contraignant ainsi les peuples en perdition à traverser le cœur de sa fournaise pour se sanctifier et trouver leur terre promise. Comment Saint-Exupéry ne pourrait-il pas aimer la terre des scorpions, lui qui sait que toute mue exige une arène et ses douleurs ? Lui aussi s’est constitué par une dure traversée du désert car, qu’on le sache ou non, « Antoine de Saint- Exupéry n’était rien de ce qu’il est devenu » (Tanase, p. 9). Cette année 1943 (durant laquelle il écrit Le Petit Prince et dicte à sa secrétaire les pages de Citadelle ) est très difficile pour Saint- Exupéry à la fois la cible des gaullistes et du gouvernement de Vichy. D’Alger, il écrit à Nelly de Vogüé : « Mon Dieu, que les hommes me dégoûtent. La vie parmi eux, ne m’apparaît plus que comme un grand camp de concentration. Je suis seul, seul, seul. Plus seul que mort » (Tanase 400). Cette misanthropie aux connotations rousseauistes n’est pas sans provoquer une grande nostalgie, celle du solitaire de l’ Ermitage que Saint-Exupéry a expérimentée dans sa case de Cap Juby : « L’expérience m’a enseigné, dira le Guide, que les hommes heureux se découvraient en plus grande proportion dans les déserts » (Saint-Exupéry 2000, 381). Par ailleurs, l’espace du désert résonne de tout son écho symbolique, et redevient lieu du sacré et de la transmutation. Le pouvoir alchimique du désert est un lieu commun des grands romanciers des civilisations industrielles. Le Désert de Le Clézio peindra « les hommes du sable » comme les derniers rescapés de la race des surhommes. Le Guide de la Citadelle dépeint cet espace comme une chrysalide par le biais d’une de ces métaphores bibliques propres au Zarathoustra de Nietzsche : « Et mon désert, si seulement je t’en montre les règles du jeu, se fait pour toi d’un tel pouvoir et d’une telle prise que je puis te choisir banal, égoïste, morne et sceptique dans les faubourgs de ma ville ou le croupissement de mon oasis, et t’imposer u ne seule traversée de désert, pour faire éclater en toi l’homme, comme une graine hors de sa cosse, et t’épanouir d’esprit et de cœur. » (Saint-Exupéry 2000, 372). D’où l’étonnement de la femme de Fabien, interrogative, alors que son jeune époux s’apprête à quitter le nid douillet pour s’enfoncer dans le désert de la nuit : « — Tu n’es même pas triste… […] — Triste, non ; pourquoi ? Ces plaines, ces villes, ces montagnes… Il partait libre, lui semblait-il, à leur conquête » (Saint-Exupéry 1931, 95). Mais un autre mouvement annihile cet élan vers le désert et l’immensité, élan qu’on peut déjà interpréter comme un besoin inné de repères. Il peut être difficile de s’y faire : que l’homme des couvertures de livres, toujours planté devant un avion en piste, ait une seule fois
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