AGAPES FRANCOPHONES 2025

Moustapha FAYE 67 ressenti le besoin de jeter l’ancre. L’image de Saint -Exupéry est si intimement liée à l’aventure, lui qui semble le digne héritier des Magellan et des Colomb. Et J. Fermaud d’en vouloir à Gide qui, selon le critique, a définitivement enfermé le regard pub lic dans l’image d’un Saint-Exupéry invulnérable et incarnation du sens du vrai héroïsme : « Cet éloge du surhomme de Vol de Nuit a contribué à créer une sorte de légende de Saint-Exupéry ; il a faussé la perspective de beaucoup de lecteurs et de critiques qui oublient trop en lui l'être humain, susceptible de tendresse, pour ne voir que le champion de dures vertus cornéliennes, kantiennes et nietzschéennes. » (Fermaud 1202). Une note de la plume de l’auteur révèle pourtant une vérité tout autre : « J’ai couru toute ma vie, consigne -t-il. Mais je suis un peu las de courrir ( sic )…Je comprends aujourd’hui seulement un certain proverbe chinois : " Trois choses ruinent l’ascension de l’esprit. Primo, le voyage…" ». (Tanase 198). Ce profond besoin d’une assise s’exprime en creux dans les descriptions du danger, quand les héros de Saint- Exupéry se confrontent aux éléments et à l’inconnu. Il en est ainsi de Fabien, par exemple, quand i l est seul dans le ciel, et dans l’inconnu de la nuit : « Puis, comme rien ne vacillait, ni ne vibrait, ni ne tremblait, et que demeuraient fixes son gyroscope, son altimètre et le régime du moteur, il s’étira un peu, appuya sa nuque au cuir du siège, et commença cette profonde méditation du vol, où l’on savour e une espérance inexplicable. » (Saint-Exupéry 1931, p22). Nous avons été surpris, au cours de nos recherches, de constater que Jacques Fermaux avait remarqué la même tension chez l’auteur de Citadelle , tension qu’il appelle « déséquilibre » : « Déséquilibre entre son irrésistible besoin d'action et sa nostalgie de vie heureuse et protégée ; déséquilibre entre sa soif de servir quelque chose de plus grand que soi, d'une part, et d'autre part le doute, presque le mépris, de cette civilisation […] ; déséquilibre entre le pilote, homme d'action et d'aventure qui dédaigne les biens matériels, le bourgeois, l'humble bonheur étouffant ― et l'homme aux doux et riches souvenirs d'enfance. » (Fermaud 1202). La même dialectique ouverture / repli que nous venons d’observer dans le rapport au désert s’inscrit tout aussi bien dans toutes les autres entités de l’espace saint -exupérien. La mer dans laquelle le pilote Fabien, perdu, voit une plaine ― « La fusée

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