AGAPES FRANCOPHONES 2025

Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien 68 s’enflamma, tournoya, illumina une plaine et s’y éteignit : c’était la mer » (Saint- Exupéry 1931, 138) ― est un espace du sacré qui joue le même rôle purificatoire que le désert. Le Guide arrive à la conclusion : « On ne saisit point la mer. Mais ils sont lavés dans leur cœur de l’esclavage des petites choses » (Saint-Exupéry 2000, 96). Dans l’imaginaire collectif, la mer coïncide aussi avec la mère dont elle réinvestit toutes les fonctions ambivalentes liées à l’élément liquide. Et G. Durand d’écrire, « Quels que soient la filiation et le système étymologique que l’on choisisse, on retrouve toujours les vocables de l’eau apparentés aux noms de la mère ou de ses fonctions » (235). V. Tanase a insisté sur la passion de Saint-Exupéry pour les bains de mer avec ses neveux. Ce rapport particulier à la mer pourrait-il avoir contribué aux rumeurs longtemps entretenues sur un hypothétique suicide du pilote ― dont l’avion s’abîme en mer le 31 juillet 1944 ? Mais cette mer que l’on ne peut saisir est aussi ce qui engloutit et réduit. Des civilisations et des trésors dorment dans ses abysses. Saint-Exupéry a besoin de lui opposer une résistance, lui qui écrit : « Le contraire du navire c’est la mer » (Saint-Exupéry 2000 , 343). Vue du ciel, une maison est un navire que Fabien voit résister à l’océan : « Quelquefois, après cent kilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue, et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairies, sa charge de vies humaines, alors il saluait des ailes ce navire. » (Saint-Exupéry 1931, 18). Le navire est surtout un des plus communs archétypes du ventre maternel qui couve, terra clauditur infans (Durand citant Juvénal, 2016, p. 247). Il est d’ailleurs assez curieux de remarquer combien la symbolique du navire chez Saint-Exupéry coïncide avec celle de certains rites funéraires anciens ― pharaonique et phénicien notamment. Le navire transporte, et t ransfigure. Les cœurs sans navire errent : « Car ils ne sont en route vers rien. Et ces temples ne reçoivent plus les foules et ne les emportent plus et ne les changent plus en race plus noble comme une chrysalide. Tous ces émigrants n’ont plus de navire et ils ne peuvent plus muer et, d’âmes d’abo rd pauvres et débiles, se faire, au cours de cette traversée à bord de navires de pierre, des âmes riches et généreuses. » (Saint-Exupéry 2000). Dans l’inconscient collectif, le navire s’amalgame avec ce qui couve et qui transmue (la courbure du véhicule surdétermine l’image) : le ventre maternel, l’œuf, la grotte des prophètes, mais surtout la caverne ― autre image de la citadelle ― comme le signa le

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