AGAPES FRANCOPHONES 2025

Moustapha FAYE 69 Jung (663) : « La caverne est le lieu de la renaissance, cet espace clos où l’on est enfermé pour être couvé et renouvelé ». D’où la bonne intuition de J. Fermaud qui, par un raisonnement tout différent, est parvenu à la même conclusion que nous sur l’imag e du « navire » chez Saint-Exupéry : « Ce n'est pas par hasard que Saint-Exupéry compare sans cesse la vieille demeure familiale à un navire, un navire «lancé», un bon «navire» qui fait passer les générations d'une rive à l'autre de la vie. Elle est symbolique aussi, cette demeure familiale au trésor caché, cette demeure où « rien n'est truqué » symbole de bonheur, d'ordre, et surtout de durée ; elle a un goût d'éternité. » (1206). Jean-Pierre Richard remarquait chez Lamartine le même besoin de repères et de protection devant l’infini, cet infini que le lac, le désert et la mer métaphorisent, et concluait : « Le moi pourra chercher aussi à se sauver dans le registre même, celui de l ’imagination sensible, où il a risqué de connaître son désastre. Il pourra tenter ― métaphore favorite ― d’y "jeter l’ancre" » (Richard, 159). On retrouve la même conception dans le symbolisme stellaire de Saint-Exupéry. À bord de son avion, Fabien ne voit pas sur terre des bâtisses, quand le soleil se couche, mais des étoiles. « La terre, écrit le narrateur, était tendue d’appels lumineux, chaqu e maison allumant son étoile » (1931, 21). Quand ils sont dans leur cockpit , les pilotes des romans de Saint-Exupéry fixent le regard sur le ciel étoilé, et, plus intensément sur la terre, tout comme Antée. Car chez Saint-Exupéry, ciel et terre s’harmonise nt dans une union cosmique dont la perception inconsciente relève de la catégorie des images primitives. Le derviche mène la danse rituelle un index au ciel, un autre pointé vers la terre. C’est l’expérience que fait le pilote Bernis, le héros de Courrier sud , contemplant la voûte céleste : « Une maison », pense Bernis. Il se souvient d’avoir ressenti avec une évidence soudaine que ce paysage, ce ciel, cette terre étaient bâtis à la manière d’une demeure. Demeure familière, bien en ordre. Chaque chose si verticale. Nulle menace, nulle fissure dans cette vision unie : il était comme à l’intérieur du paysage. » (Saint-Exupéry 1994, 404). En somme, une double tension organise l’imaginaire de Saint - Exupéry devant l’infini, celle de l’envolée qui résonne comme toute invitation au voyage, puis celle du repli que commandent le besoin instinctif du rattachement et la peur de la dilution. Et nul autre que

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