AGAPES FRANCOPHONES 2025

Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien 72 s’identifie à un lieu de prédilection. Chez les poètes romantiques, ce lieu est intimement lié à la douceur de l’enfance. C’est le Milly de Lamartine ou Les Feuillantines de Hugo. Le château de Saint - Maurice est cette maison-là pour Saint-Exupéry. Mais ce paradis est perdu quand les ennuis financiers se succèdent, obligeant sa mère ― qui a hérité du domaine ― à vendre : « Soudain, tout cela disparaissait, la maison se vidait pour être livrée à la mairi e de Lyon, qui l’avait achetée pour en faire une colonie de vacances. C’est une déchirure » (Tanase 164). La psychanalyse a très tôt dévoilé l’étroite relation entre la maison et le ventre maternel. Cette image, en réalité primitive, se surdétermine chez Saint-Exupéry par la résonance de certains objets de son souvenir, notamment un petit poêle qui réchauffait sa chambre d’enfant. Gaston Bachelard voit la chaleur du foyer comme « une séduction de l'intuition de la chaleur intime » (75) ― intuition qui, bien entendu, se rattache au ventre maternel ― et Saint -Exupéry d’écrire à propos de ce poêle : « Jamais rien ne m’a autant rassuré sur l’existence. […] Ce petit poêle nous protégeait de tout » (Tanase 18). Dans une lettre qu’il écrit d’Alger en 1943, il dit à sa mère, dans une intuition et une métaphore qui amalgament celle-ci au poêle : « J’espère si fort être d ans vos bras dans quelques mois, ma petite maman, ma vieille maman, ma tendre maman, au coin du feu de votre cheminée » (Tanase 402). Gilbert Durand a relu à travers le même symbolisme l’image de la corbeille dérivant sur le Nil avec l’enfant Moïse, concluant : « Pour l’analyste du repos et des rêveries, ventre maternel, sépulcre comme sarcophage, sont vivifiés par les mêmes images : celles de l’hibernation des germes et du sommeil de la chrysalide » (Durand 248). Ainsi Jacques Fermaud n’a pas tort, qui déclare : « Il est une patrie très chère à Saint-Exupéry, et à laquelle il revient constamment, dans tous ses livres, avec, toujours, la même émotion contenue. C'est celle de son enfance, heureuse, et douce, et "bien protégée" » (1205). Il est à considérer que la douleur de la coupure avec la maison- mère s’est amplifiée lorsqu’elle s’est ajoutée à celle, non moins violente, avec la France. Car la maison, c’est aussi intimement le pays. Dans La Chanson de Roland , le héros meurt le regard tourné vers l’Espagne mais dans le seul but de mieux se souvenir de la France à travers ses conquêtes. Mircea Eliade insiste sur la profondeur de ce trait psychologique, qui écrit : « Le désir si fréquent d’être enterré dans le s ol de la patrie n’est qu’une forme profane de l’autochtonisme mystique, du besoin de rentrer dans sa propre maison » (Durand 247). Le futur auteur a vingt ans quand il quitte pour la première fois l’Hexagone. À Casablanca où il fait sa formation militaire, en juillet 1921 , « le mal du pays est tel qu’en écoutant dans un troquet la musique d’un phonographe qui lui évoque " de vieux bahuts bressans

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