AGAPES FRANCOPHONES 2025

Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien 74 constater la déconcertante diversité des titres de livres que l’écrivain consigne dans ses Carnets pour retracer ses assauts aux quatre vents de l’univers. Un passage de Citadelle en est un clin d’œil, résonnant de toute sa pesanteur autobiographique : « J’étudiais donc les livres des princes, les ordonnances édifiées aux empires, les rites des religions diverses, les cérémonials des funérailles, des mariages et des naissances, ceux de mon peuple et ceux des autres peuples, ceux du présent et ceux du passé, cherchant à lier des rapports simples entre les hommes dans la qualité de leur âme et les lois qui furent édifiées pour les fonder, régir et perpétuer, et je ne sus point les découvrir. » (Saint-Exupéry 2000, 398). Lorsqu’on voit sur des clichés des images de Saint -Exupéry en smoking, on ne peut s’empêcher de sourire de l’air maladroit de cet albatros traînant ses ailes de géant comme les avirons d’hydravions qu’il a souvent pilotés. Les seules images crédibilisées de l’auteur sont celles-là qui le présentent à la conquête des grands espaces, solidement planté devant son avion comme Colomb devant ses caravelles à l’assaut des Indes. Et le Guide de la Citadelle sait que la frontière est ténue entre la chrysalide et la tombe, prévoyant : « Vous ne trouverez rien si vous vous changez en sédentaire, croyant être provision faite, vous-même, parmi vos provisions. Car il n’est point de provision et, qui cesse de croître, meurt » (Saint-Exupéry 2000, 512). L’élan est surtout dynamique, une tension vers l’absolu. Venant d’un pilote, cette déclaration est pour le moins déconcertante : « Ce qui importe c’est d’aller vers et non d’être arrivé car jamais l’on n’arrive nulle part sauf dans la mort » (Saint -Exupéry 2000, 185). Mais le poète qui scande la marche ordonne : « toujours plus loin ! » (Saint- John Perse). Car l’élan est le trésor du fabuliste qui se confond avec travail perpétuel. Ainsi, bien avant Kerouac, le Guide riait de ceux qui se méprennent sur l’es sence des choses, ceux-là qui « cherchent à tirer leur plaisir des objets, quand il ne se tire que de la route qui se lit au travers. Moi je vais, je vais, et je vais » (Saint-Exupéry 2000, 494). Cette philosophie pourrait grandement expliquer la fascination que le désert, en tant que signe de l’infini, exerce sur l’écrivain. Il résumerait ainsi « l’horizon inaccessible » (Le Clézio 7), tout ce qui refuse la stagnation et l’auto -contemplation. On comprend dès lors pourquoi Saint-Exupéry ne peut se complaire de sa situation de vendeur de camions, fût-elle bien rémunérée, lui qui craint la sédentarité par-dessus tout. En ce sens, les paroles du Guide retentissent comme le secret et la sagesse de Shéhérazade :

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