AGAPES FRANCOPHONES 2025

Ko IWATSU 85 ainsi une interprétation mythologique de ses luttes (« homériques ») contre l’injustice. Il comprend que les Juifs sont la cible discriminatoire : « Il m’apparut enfin que les Français n’étaient pas d’une race à part, qu’ils ne m’étaient pas supérieurs, qu’ils pouvaient, eux aussi, être bêtes et ridicules […]. » (787). Pourtant, il refuse d’être déçu par la réalité ; il se propose de récréer le monde à son goût, d’où vient le besoin de l’art. La plus grande injustice, c’est évidemment que sa mère soit morte avant d’apprendre le succès militaire et littéraire de son fils, la belle carrière diplomatique qu’il entamera après la guerre. Depuis sa disparition, à elle, la ville de Nice n’est plus son Ithaque, à lui. « Chaque fois que je reviens à Nice, je me rends au marché de la Buffa. J’erre longuement parmi les poireaux, les asperges, les melons, les pièces de bœuf, les fruits, les fleurs et les poissons. Les bruits, les voix, les gestes, les odeurs n’ont pas chang é, et il ne manque que peu de chose, presque rien, pour que l’illusion soit complète. » (732). Le marché de la Buffa, c’est le marché où faisait les courses sa mère qui tenait un hôtel-pension. Ce « presque rien » qui manque est, bien sûr, l’existence de sa mère, elle qui inspire sans cesse la croyance absolue à la France idéalisée. La patrie est maintenant perdue, changée, illusoire : ce manque laisse voir le passé irréversible. Pierre Garrigues, dans son ouvrage consaré aux variations du mythe d’Ulysse, voit une dimension métaphysique de la déception après le retour réel : « la vraie patrie est bien un outre-monde. » (Garrigues 27) Alors qu’Ulysse brûle d’une forte nostalgie, Gary s’interdit une illusion nostalgique et il repart de sa ville de Nice à la recherche d’une vraie France digne du rêve de sa mère. Nous pouvons y remarquer une figure d’Ulys se inscrite dans la tradition de la Seconde Odyssée , inaugurée par Dante (Inferno, chant XXVIII) : après son retour, le grand voyageur ne peut s’empêcher de quitter de nouveau Ithaqu e 32 . 3. Le déguisement et le refus d’identité Notre troisième remarque porte sur le déguisement. Piero Boitani fait remarquer que l’ Odyssée est une épopée de la reconnaissance : « Elle donne une consistance thématique à cette foi originelle de l’homme dans son identité, dans la coïncidence de 32 Voir sur ce sujet la belle anthologie d’Évanghélia Stead (éd.), Seconde Odyssée. Ulysse de Tennyson à Borges , Grenoble, Millon, coll. « Nomina », 2009.

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