IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
104 De toutes les casquettes qu’un maître peut porter, ceux que Dante a mis en lumière, mais aussi tant d’autres hommes et femmes de culture avant et après lui, je m’arrêterai donc à l’une : l’amitié intellectuelle qui s’est ensuivie, allant de mon admiration à la sagesse bienveillante de mon professeur. À la fin de mes études, collaboratrice externe d’abord, puis assistante universitaire en littérature du XX e siècle, j’ai rejoint mes anciens professeurs à la faculté de Lettres de Timişoara. Ils m’ont bien accueillie, particulièrement le professeur Maria Ţenchea qui pourtant m’intimidait un peu. À cette époque, elle assurait – une à deux fois par mois – des cours à la faculté d’Oradea comme professeur invité et, comme j’habitais encore Arad, ville à mi-distance entre Timişoara et Oradea, je l’ai invitée chez moi pour lui éviter d’arriver au bord de la fatigue devant ses étudiants. La veille, en fin d’après-midi, le professeur Maria Ţenchea arrivait donc à Arad ; elle passait chez moi la soirée et la nuit puis, le lendemain matin, poursuivait son chemin vers la capitale roumaine de l’Art nouveau. Quelles conversations – à la fois sérieuses et drôles, toujours passionnantes – nous avions pendant le dîner ou, si le temps était clément, lors d’une petite promenade digestive ! Le roumain se mêlait au français, la linguistique rejoignait la littérature, la poésie ne manquait jamais à l’appel. Le professeur Maria Ţenchea traduisait et publiait beaucoup (philosophie, littérature, histoire, histoire de l’art, guides touristiques) ; elle me parlait volontiers de ses travaux, et cela m’enchantait. Avec générosité, elle m’offrait souvent les volumes une fois publiés... Un petit saut dans le temps : le 20 mai 2011, communication à l’Institut de textes et manuscrits modernes (ITEM), du CNRS Paris, sur le journal d’un voyage en Chine d’Alexandru Borza (1887-1971), grand botaniste, chercheur en sciences naturelles, professeur, fondateur du Jardin botanique de Cluj, initiateur du projet du parc national des monts Retezat (le premier en Roumanie), passionné également d’histoire et d’archéologie… excusez du peu. À la suite d’une vacation, en 2003, sur la génétique textuelle, j’avais intégré le groupe de recherche Autobiographie & génétique des textes, dont je fréquentais assidûment les séminaires qui se tenaient à l’École normale supérieure, rue d’Ulm. J’avais déjà présenté une première communication sur Cioran, avec mon amie, Monica Garoiu, de l’université du Tennessee à Chattanooga, et j’avais publié, en 2006, un article dans un volume collectif consacré aux métamorphoses du journal personnel. J’étais à la recherche d’un sujet intéressant, de préférence dans l’espace roumain. La critique génétique, à laquelle je m’initiais en ces années-là, a ses règles et ses contraintes. Il faut du temps et de la patience pour « entrer » dans un manuscrit et en dégager des tendances. J’avais eu jusque-là entre les mains les agendas Dorica Lucaci
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