IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

114 argument puisse être à la fois fort ou faible selon le discours dans lequel il est mis et selon les intentions de l’énonciateur : il n’y a en effet, ni au niveau de la phrase, ni à celui de l’ énonciation, de quantités faibles ou fortes. Il n’y a que des argumentations faibles ou fortes, et pour une conclusion donnée. L’appréciation des quantités ne se fait qu’au travers de ces intentions argumentatives . (Ducrot, 1983 : 6-67) À part les raisons invoquées jusqu’à présent, qui favorisent l’approximation, il en existe une autre qui tient à la nature même du/des nombre(s) impliqué(s) dans un processus d’approximation. Pour qu’un nombre seul produise un effet d’approximation, il faut qu’il soit généralement exprimé par des unités, des nombres « ronds » (multiples de bases), tels : 20 , 30 , 40 ou par de grands nombres, tels 2 000 , 3 000 , 4 000 . Les petits nombres, au contraire, se prêtent moins à une telle démarche, car ils sont soumis à la possibilité d’être comptés et placés près du point zéro. D’où ils sont généralement employés sous leur forme pure , expression d’une valeur exacte. Revenons à présent aux constructions dans lesquelles deux ou plusieurs nombres sont employés afin d’obtenir un effet d’approximation. Les structures à deux numéraux sont plus répandues que celles à trois, minoritaires, car plus complexes. D’où la difficulté de les mettre en place. Mais qu’il s’agisse d’une construction à deux termes ou à trois termes, cela est de moindre importance que la nature du nombre de base , celui par rapport auquel il y a approximation. En général, l’on constate que le nombre exprimant l’approximation dans une construction à termes multiples est supérieur au nombre de base. La supériorité peut prendre la forme d’un grand écart ou d’un écart négligeable. Plus l’écart est grand, plus l’effet d’approximation devient saillant. 1.4. Analyse de la construction A, peut-être B La dernière partie de notre article sera dédiée à l’analyse des effets de la combinaison de peut-être avec les nombres dans la construction : A, peut-être B . En effet, nous espérons que les analyses approfondies des exemples contenant cette combinaison confirmeront les précisions théoriques que nous venons de faire à propos de peut- être et des nombres. Outre cela, elles devraient faire ressortir des aspects nouveaux, inattendus car occultés par une tradition linguistique centrée exclusivement sur l’analyse individuelle des nombres et de l’adverbe peut-être . À cette approche classique, nous opposons celle constructiviste 8 . Quel que soit le modèle constructiviste pour lequel nous optons, (cf. Croft 2001 ; Fillmore et al. 1988 ; Goldberg 1995, 2006 ; Kay 8 Le constructivisme repose sur l’idée que le sens des expressions linguistiques dépend de l’usage et de l’interprétation des expressions en question lorsqu’elles sont en contact avec d’autres éléments. Diana Andrei

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