IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
129 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA etc. Les aspects mentionnés contextualisent l’analyse comparée et revisitée que je me propose de réaliser sur l’une de ses traductions poétiques (Lungu-Badea, 2006). QUELQUES PROPOS SUR LA TRADUCTION DE POÉSIE Dans la foulée de Heidegger, selon lequel « Toute traduction est en elle-même une interprétation. Elle porte dans son être, sans leur donner voix, tous les fondements, les ouvertures et les niveaux de l’interprétation qui se sont trouvés à son origine. Et l’interprétation n’est, à son tour, que l’accomplissement de la traduction [...]. Conformément à leur essence, l’interprétation et la traduction ne sont qu’une seule et même chose » (1994 : 63-64), Maria Țenchea comprend que tout exercice de communication comme tout exercice de lecture est un exercice de « traduction » où les vocables sont la matière première, de la même manière que le sont les sons pour la musique et les couleurs pour la peinture. Visant à exprimer l’ineffable, la traduction rend la poésie d’autant plus recréable que la poésie à traduire est intraduisible. À cette fin, elle procède à une « opération qui cherche à établir des équivalences entre deux textes exprimés en des langues différentes, ces équivalences étant toujours et nécessairement fonction de la nature des deux textes, de leur destination, des rapports existants entre les cultures de deux peuples, leur climat moral, intellectuel, affectif, fonction de toutes les contingences propres à l’époque et au lieu de départ et d’arrivée » (Cary, 1985 : 85). Sans que nous insistions sur la dissociation de la forme (le style) et du contenu (le thème), pour l’objectif annoncé, nous retenons dans ce qui suit la prééminence de la première par rapport au second et inversement ou de promouvoir dans un œcuménisme généreux leur nécessité de se déterminer mutuellement (Sontag, 2000 : 13-26). Maria Țenchea scrute la poésie, la rhétorique et les figures de style, elle nuance parfois le relief figural d’une poésie durant l’opération traduisante à cause d’une insuffisante perception de « l’espace intérieur du langage » – de la figure et des mécanismes figuratifs. À cette raison, il convient d’ajouter la conception tenace selon laquelle la figure appartient à la forme du texte, envisagée comme dissociable de son sens . Ces deux grandes tendances, identifiables dans la traduction de poésie sous les désignations de défiguration et de sur-figuration, courent le risque d’affaiblir ou de supprimer des éléments essentiels du processus de signifiance et d’influer soit sur la métaphore vive, soit sur la métaphore lexicalisée. Dans le premier cas de figure, celui de la métaphore vive , le traducteur expérimente la « signification émergente créée par
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