IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

130 le langage » (Ricoeur) et, inévitablement, il provoque des déperditions susceptibles d’anémier le potentiel figuratif. Dans le cas de la métaphore lexicalisée, il se peut que le traducteur retrouve en langue cible (LC) un équivalent métaphorique que le contexte réactive. À l’inverse de la destruction de figures, la sur-figuration (ajout de figures), génère une surcharge figurale, issue d’un souci d’embellir le texte source (TS), et produit la déformation du régime figural du TS. Maria Țenchea comprend que plus qu’un simple recodage, la traduction de poésie est un art en soi, une « transcréation poétique » (Haroldo de Campos, cité par Oseki Dépré, 2004), une création sinon originale certainement réactive, une activité pratique et de savoir liée à la perception et à la création. La traductrice pratique la « transcréation » pour annihiler une éventuelle intraduisibilité, exploite les codes les plus abstraits afin de créer des nuances au pouvoir imaginatif et harmonique. Fondé sur la fonction symbolique du langage et sur son pouvoir harmonique, le langage de la poésie focalise des fonctions différentes du langage, justifiant de la sorte le découpage spécifique dans chaque langue. Or, dans la poésie, le poète ne prêtant pas d’attention à la fonction informative, la traductrice est censée transmettre une émotion ineffable, en vue d’éveiller chez le lecteur cible des sentiments et des émotions, mais non pas fatalement analogues à celles que le lecteur source éprouvait, puisque celui-ci interprète subjectivement et différemment la poésie, en fonction du nombre de paramètres. Dans la traduction de poésie, Maria Țenchea ne se contente pas d’actualiser des valeurs connotatives. Au contraire, elle envisage leur extension et commence par l’image-concept qui se rapporte à la fois au contenu sémantique du contexte et à la valeur phonique des mots répétés volontairement, des images- métaphores, des chiffres dotés d’un symbolisme prestigieux. PRATIQUE DE LA TRADUCTION DE POÉSIE Pour illustrer les considérations antérieures, nous nous appuyons sur quelques exemples tirés de l’anthologie Eseu asupra colinei cu ulmi [Essai sur la colline aux ormes] de Lucian Alexiu, poète qui moyennant le fragmentaire et la discontinuité aboutit à des poèmes de dimensions variées (le poème bref, proche du haïku et du concetto, etc.). Cette anthologie a trouvé son traducteur : Maria Țenchea , L’art de la séduction (2002). Elle accepte le défi et répond à ce défi de traduire des poèmes appartenant à différents cycles et périodes de création du poète, caractérisés par des styles et symboles variables, où la polyphonie est maîtresse. Tout en exploitant les ressources linguistiques, la traductrice recrée des représentations et des symbolisations. Sa traduction de Treizeci şi trei certifie une compréhension profonde de la littéralité de la forme et de ses sonorités. Georgiana I. Badea

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