IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

133 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Dans Eden, Printemps préraphaélite ou Narcisse, la traductrice se préoccupe de la réception des éléments accueillis par la culture traduisante. Notons dans ce qui suit la justesse de la traduction qui conserve à la fois la densité plastique de l’image et son ancrage culturel : TS : în pacea grădinii/ şarpele îşi răsuceşte trupul/ ca un burghiu ( Eden Alexiu, 2000 :88). TC : dans la paix du jardin/ le serpent tord son corps/ comme une vrille ( Eden ). La traductrice remplace l’outil mécanique ( burghiu ) par une image végétale ( vrille ), naturelle et poétique en français, sans qu’elle amoindrisse la force suggestive du TS. Ce type d’adaptation illustre son rôle de « cicérone de lecture » : elle oriente le lecteur francophone vers une réception esthétique fluide, où chaque ajustement linguistique (préposition, déterminant, adjectif ) sert à la recréation d’une bonne poésie en français. Le volume comprend aussi des poèmes plus amples, tel Grupul nominal [Le groupe nominal] excellemment commenté par la traductrice dans l’étude Sur la traduction de la poésie en Roumanie (2006). Même si la poésie résiste certainement au transfert interlinguistique, la traductrice parvient à recréer son univers de l’idéation. Dans l’exemple qui suit, TS : mirosul toamnei// dinspre insule/brun de migdale amare/ roşu aprins—// cometa/aidoma cozii micului răpitor/ în fluxul obscur al luminii/ de asfinţit ( Finisterre , Alexiu, 2000 : 115) TC : l’odeur de l’automne// du côté des îles/ brun couleur d’amande/ rouge éclatant// la comète/ telle la queue du petit rapace/ dans le flux obscur/ de la lumière/ du couchant ( Finistère , Alexiu, 2002 : 109), on peut remarquer que la traduction française témoigne d’une remarquable fidélité à l’étrangeté syntaxique et à la densité lyrique de l’original. Le choix de préserver les syntagmes nominaux en cascade, qui remplacent la logique verbale, conserve la tension entre fixité et mouvement, caractéristique du « néo-concettisme » évoqué par Saplacan (2000 : 212-213). La poésie extrêmement personnelle de Lucian Alexiu, moderne et raffinée, cependant riche en allusions livresques, « suscite toujours une émotion intelligente » (R. Saplacan dans Alexiu, 2000). Dans le cycle Palimpseste, les divers sédiments culturels sont superposables , tandis que la subtilité des juxtapositions et des oppositions a comme effet la stupeur. Le poète cultive le poème bref « de concentration maximale, cristallise autour d’un noyau impressionniste » (Pop dans Alexiu, 2002 : 13),

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