IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
135 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA l’autre, entraînant des choix d’ellipse ou d’explicitation. La réussite d’une traduction poétique d’une telle subtilité repose sur une véritable empathie – ou congénialité – entre le poète et sa traductrice, empathie soutenue par une stratégie de traduction littérale au sens bermanien, c’est-à-dire ouverte à la lettre du texte. Comment, dès lors, traduire la poésie ? La traductrice, animée d’un véritable goût de l’altérité, s’est attachée à restituer le texte poétique en recourant systématiquement aux équivalences. Chez Alexiu, on observe un refus explicite d’identifier le vers à la poésie et, par conséquent, de l’opposer à la prose. Le poète élabore une conception du rythme qui lui est propre, indépendante de la tradition, puisque, comme l’affirme Meschonnic, « le rythme n’est plus, même si certains délettrés ne s’en sont pas aperçus, l’alternance du pan-pan sur la joue du métricien métronome. Mais le rythme est l’organisation-langage du continu dont nous sommes faits » (1999). Maria Țenchea cultive les vertus du langage, conjugue ses fonctions et reproduit une esthétique poétique, une « pensée poétique […] qui transforme la poésie par un sujet et le sujet par la poésie » (Meschonnic, 1999). Cette conception du sens implique un refus de sacraliser le langage. Pour atteindre cet objectif, le poète recourt à des constructions proches de l’aphorisme. Ses poèmes-définitions, ainsi que le souligne Pop, « peuvent devenir des paraboles sui generis » (Pop dans Alexiu, 2002 : 14). Quant aux « calligrammes », ils prolongent la répétition d’un même syntagme, les effets poétiques résultant précisément de la récurrence d’un identique schéma de construction. Par exemple, pour les vers TS : în zbor planat / în zbor planat / în zbor planat ( Canon , Alexiu, 2000 : 132) TC : en vol plané / en vol plané / en vol plané ( Canon ), la traductrice respecte la simplicité lexicale et l’effet hypnotique de la répétition. La traduction transmet l’image d’un mouvement aérien suspendu sans alourdir le texte, ce qui en fait un équivalent fonctionnel satisfaisant. Fidèle, la traduction conserve l’anaphore qui produit l’effet de rythme et d’insistance. La pertinence du choix de « en vol plané » est confirmée par la restitution du sens métaphorique de la suspension, tout en gardant la fluidité poétique. Bien que la sonorité soit un peu plus lourde en français (le [é] accentué est plus fermé que le [a] roumain), mais la musicalité répétitive est préservée. Dans l’exemple suivant, la traductrice restitue avec succès la tension esthétique entre le sublime et le cruel. Le choix des équivalents (« pourpres », « jaillissant », « royale perversion »), garde l’intensité symboliste et la charge oxymorique du texte roumain. On pourrait nuancer légèrement « couvertes d’épines » pour renforcer l’idée de surcharge (« alourdies d’épines », par exemple), mais dans l’ensemble, la traduction est élégante et fidèle
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