IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

136 TS : mănunchiul de flori purpurii / izbucnind din mijlocul ramurilor încărcate de spini ://regală perversiune /a sălbaticei / inocentei / naturi ( Primăvară prerafaelită , ciclul Istorie naturală , Alexiu, 2000 : 89) TC : un bouquet de fleurs pourpres / jaillissant dans les branches/couvertes d’épines : // royale perversion de la sauvage / innocente / nature ( Printemps préraphaélite ). La restitution de mănunchiul de flori purpurii par un bouquet de fleurs pourpres est très juste, « pourpres » rend la connotation noble et violente du violet/rouge, tout en conservant l’intensité visuelle. Le choix du gérondif « jaillissant » pour « izbucnind » rend l’idée d’explosion, de surgissement vital. Bien que l’unité de traduction încărcate de spini soit simplifiée dans le syntagme couvertes d’ épines qui diminue le fardeau, sa lourdeur de la charge étant moins accentuée en français, le choix fonctionne. La segmentation du vers sălbaticei / inocentei / naturi est adroitement conservée, ce qui maintient le rythme haché et emphatique. La traductrice maintient à la fois le rythme formel (répétition, segmentation) et l’intensité sémantique (images de vol, explosion florale, oxymore poétique – « royale perversion »). Si le premier exemple illustre une fidélité fonctionnelle simple, le second manifeste un travail plus subtil de restitution des images complexes, où l’équilibre entre fidélité lexicale et effet poétique est bien respecté. Tout en partant de l’idée que « bon français » n’est pas toujours « bonne poésie », cette traduction poétique s’ouvre à la lettre du texte traduit et conserve la distorsion et la tension syntaxiques. Elle s’y confie, réalisant ainsi une littéralité que l’on pourrait qualifier de « seconde », puisqu’elle ne se confond pas avec le mot à mot ; au contraire, elle suppose une analyse préalable et féconde de la langue œuvrée que l’on traduit. La traductrice fait ainsi droit et justice au corps de la langue, à sa matérialité sémantique, syntaxique, lexicale, phonétique, référentielle, ainsi qu’au tempo qui la constitue comme acte de pensée (cf. Berman). Maria Țenchea saisit l’idée centrale et la reformule par les mots appropriés dans la langue française, sans perdre l’humour et le style du TS (en roumain), prouvant ainsi que sa conception traductologique sur l’explicitation, l’équivalence et la modulation, 1994, 1999, 2001, 2004) est intégralement mise en œuvre dans la pratique de la traduction . Par exemple : TS : la apus / polifem iese în pragul peşterii / cu un cornet de îngheţată în mână / priveşte plictisit peste întinderea mării / mănâncă distrat // ţistuie din buze / încă o zi pierdută / încă un secol / de când nu s-a mai auzit de pânza unei corăbii / nici duşmanii pe care îi aştepţi nu mai vin ( Cornetul cu îngheţată al lui Polifem , Alexiu, 2000 : 21) TC : au crépuscule / polyphème sort sur le seuil de sa grotte / un cornet de glace à la main / il jette un regard ennuyé sur l’étendue de la mer / mange distraitement // il fait claquer ses lèvres / encore une journée de perdue/ encore un siècle / depuis Georgiana I. Badea

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