IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

145 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA des unités lexicales caractérisées par une grande pauvreté descriptive ‒ ayant donc une intension réduite et une extension très large ‒ qui doivent s’appuyer sur leur environnement discursif pour y chercher l’actualisation nécessaire. Sans disposer d’un contenu conceptuel inhérent rigoureusement délimité, ces mots qui ne sont pas porteurs de concepts bien définis 2 sont vus comme des « contenants » destinés à « encapsuler » dans une forme nominale unique une réalité extralinguistique parfois très complexe, choisie par le sujet énonciateur/locuteur ‒ à la suite d’une option individuelle ou illustrant une orientation collective ‒ dans une situation de communication donnée et à un moment précis de la communication. Permettant en quelque sorte la « réification » de l’extralinguistique abstrait ‒ situations, événements, actions ‒ ou, plus rarement, concret ‒ objets et même personnes ‒, les NSS servent à la formation de concepts « provisoires », plus faciles à loger, en tant que désignations uniques, dans la mémoire des participants aux échanges verbaux et, si nécessaire, à remémorer à distance, au cours de la communication (au cas où ils n’y seraient pas repris par des pronoms anaphoriques) : (ii) […] La défaite à Lisbonne n’est pas une catastrophe , c’est récupérable. La catastrophe est que je manque maintenant de trois joueurs importants et je dois leur trouver des remplaçants. ( apud Adler 2012 : 18) Vus comme une espèce de « récipients » vides, de « conteneurs », « coquilles » ou « capsules » dont on se servirait pour envelopper et porter plus ou moins loin dans le discours un contenu qui n’est pas le leur, afin d’offrir au destinataire du message non seulement une information, attendue ou non, sur une parcelle de la réalité extralinguistique évoquée mais aussi une sorte d’avertissement quant au type de jugement formulé par l’énonciateur sur le sujet dont il parle, ces désignateurs provisoires et contingents, chargés de rôles divers au niveau des productions discursives, parviennent à donner aux acteurs en question « l’illusion de frontières conceptuelles stables et rigides » (Legallois 2006) dans un domaine où le flou règne, en fait, en maître absolu. Ces termes remplissent une fonction essentielle pour le succès de la communication : ils contribuent à maintenir dans les conditions requises la triple relation entre énonciateur (émetteur, locuteur, scripteur), énonciataire (auditeur, lecteur, interlocuteur) et messages échangés. Les principales propriétés qu’ils possèdent ont probablement inspiré les linguistes ayant eu l’idée de proposer des noms qui les désignent et distinguent en même temps d’autres classes de mots. Voici quelques-uns de ces noms, mentionnés entre autres par Adler (2012 : 11-13) et 2 On pourrait se demander avec Legallois (2006) à quel prototype renverrait, dans ce type d’emplois, des mots comme problème, erreur, prodige, difficulté …

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