IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
147 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Les deux schémas syntaxiques 5 , avec leurs variantes respectives, ne sont pas sans avoir leurs correspondants en français : (iii) C’est à ces contradictions qu’on reconnaît les premiers signes de l’œuvre absurde. L’esprit projette dans le concret sa tragédie spirituelle. Et il ne peut le faire qu’au moyen d’un paradoxe perpétuel qui donne aux couleurs le pouvoir d’exprimer le vide et aux gestes quotidiens la force de traduire les ambitions éternelles. (A. Camus, Le Mythe de Sisyphe , 171) (iv) L’ erreur la plus grave serait ici de méconnaître plus ou moins les motivations mêmes de cette attitude, soit en sous-estimant leur force, soit en négligeant de faire intervenir telle ou telle d’entre elles. (F. Jeanson, SARTRE , 129) Nous ferons toutefois remarquer qu’il y a des noms généraux qui ne s’inscrivent dans aucun des schémas syntaxiques susmentionnés ; cette particularité fait la différence entre classes ou sous-classes de noms « sémantiquement faibles » ou, le plus souvent, entre les mots qui nous importent ici et d’autres unités lexicales dans lesquelles on verrait à tort des synonymes contextuels : (v) Tel est, en première approximation, l’aspect clandestin et « refoulé » de Sartre. La difficulté [ /*la gêne, *l’obstacle ] sera pour nous que, selon toute apparence, il ne s’agit précisément pas du tout d’un refoulement… (F. Jeanson, SARTRE , 105) Huyghe (2018) signale que les deux constructions citées connaissent une variante plus « orale » impliquant la présence du démonstratif de reprise : (vi) […] le paradoxe de toute conversion, c’est qu’elle s’étale sur des années et se ramasse en un instant. (C. Launay, Le Diable et le Bon Dieu. Sartre – Analyse critique , 39) Le chercheur fait remarquer que les énoncés avec pronom de reprise 6 rappellent les constructions pseudo-clivées dans leur dispositif de thématisation - focalisation retardée. Des études de corpus plus ou moins récentes ont montré que les nombreuses occurrences des NSS identifiés dans les textes ou dans les discours enregistrés 5 L’idée de rattacher certains patrons syntaxiques aux noms porteurs ‒ « contenants » destinés à remplir des fonctions sémantiques, cognitives et surtout textuelles que les chercheurs ont abondamment commentées au cours du dernier quart de siècle ‒ rappelle sans doute le principe défendu par les adeptes du constructivisme en grammaire des langues qui veut que les structures syntaxiques soient porteuses de signification. 6 Au dire du même chercheur, la forme que ces énoncés épousent marque de façon plus prononcée la dimension dialogale ‒ autrement dit la constitution interactionnelle ‒ des textes : « Le problème , c’est d’arriver à négocier.| -Quel est le problème ? -C’est d’arriver à négocier. »
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