IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

13 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA à Strasbourg et son doctorat à Paris (1928), à qui le nouveau régime politique refuse le droit de pratique au barreau et qu’il cantonne dans des emplois de juriste d’entreprise, trouve une douce consolation dans la pratique du français, dans l’admiration de la littérature et de la culture connues dans sa jeunesse, et fréquente assidûment les milieux francophones de la ville. Sa mère, biologiste et ancienne collaboratrice scientifique du savant Alexandru Borza, avait suivi une année de spécialisation à Montpellier avant de se marier et d’abandonner, non sans regret, le projet d’une thèse sous la direction du professeur Braun-Blanquet. Des liens invisibles, mais qu’elle avait toujours ressentis en famille, attirent la jeune Maria vers l’étude du français. D’ailleurs, dans l’atmosphère terne de l’époque, le français apparaît aux intellectuels roumains comme une porte ouverte sur la liberté d’esprit, sur la liberté de pensée, en l’absence de la liberté de parole. 1964-1969. Elle, qui avait grandi dans trois écoles de Timişoara, située chacune à moins d’un kilomètre de son domicile, quitte sa ville natale 7 afin de poursuivre des études universitaires à Cluj. La ville située au cœur de la Transylvanie, elle la connaît bien à force d’y avoir passé ses vacances chez ses grands-parents maternels durant toute son enfance. C’est là que vivent aussi ses oncles, ses tantes, ses cousins et cousines, alors elle ne s’y sent pas dépaysée. À la Faculté des Lettres de Cluj, on enseigne le français depuis la création des départements de philologie moderne (chaires de français, d’italien, d’anglais, d’allemand, de langues slaves), en 1919. Qui plus est, l’école philologique de Cluj est réputée pour avoir donné des linguistes, des lexicographes, des stylisticiens, des historiens et des théoriciens de la littérature remarquables, respectés dans le monde universitaire et scientifique. Pendant cinq ans, l’étudiante Maria Ţenchea suit sa formation philologique et didactique, qui la conduit vers une double spécialisation, en français et en roumain. Elle aime par-dessus tout les cours de langue française, où elle approfondit ses connaissances déjà bien enracinées grâce au travail constant et méthodique mené au fil des années. Même si ses résultats continuent d’être superlatifs dans toutes les disciplines, il paraît qu’elle a trouvé sa voie : ce sera l’étude de la grammaire. Dans ce domaine fait de règles et de structures, son esprit amoureux de logique et de certitudes rencontre volontiers celui de ses professeurs, chez qui elle admire la formation professionnelle solide, la rigueur scientifique, l’esprit cartésien. Elle suit 7 La Faculté des Lettres de Timişoara, fondée en 1956, ne comptait pas encore de filière francophone. On pouvait y étudier le roumain, le russe et l’allemand en première spécialisation (depuis 1956), l’anglais (à partir de 1964). La spécialisation en français n’a été inaugurée qu’à l’automne 1968 (Ioan & Rodica Munteanu, Universitatea de Vest din Timişoara , Timişoara : Editura Universităţii de Vest, 2004, p. 373).

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