IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

14 avec ferveur les cours de grammaire du professeur Ioan Niculiţă 8 , dont les exposés savants sont souvent agrémentés de détails concrets, utiles dans la pratique de la langue, voire anecdotiques 9 . Elle a beaucoup d’estime pour son professeur Angelica Kalik, excellente linguiste formée à Leningrad, qui impose par sa compétence et son sérieux 10 . Elle apprécie tout particulièrement le professeur Henri Jacquier 11 , « un homme extraordinaire, charmant, capable d’aborder n’importe quel sujet et de faire des digressions savantes fort intéressantes pendant ses cours » 12 ; cet ancien sorbonnard qui peut donner des cours parfaitement structurés – au besoin – conquiert en fait son auditoire par l’habitude qu’il a de parler librement, de faire des connexions logiques inattendues, d’ouvrir des parenthèses culturelles inspiratrices. Esprit ouvert, et curieuse d’élargir ses horizons, Maria Ţenchea suit aussi les cours optionnels de langues proposés par la Faculté des Lettres. Elle y apprend l’italien 13 et l’espagnol 14 . Avec le russe, que l’on enseignait obligatoirement à tous les petits Roumains jusqu’en 1965, et l’anglais qu’elle avait étudié en privé à l’adolescence, elle maîtrise dorénavant cinq langues étrangères 15 . Chaque nouvelle initiation linguistique lui apporte toujours plus d’aisance dans l’acquisition des langues. C’est ainsi qu’elle prend le temps d’étudier l’allemand, pendant une année, et s’intéresse au grec ancien, suivant en auditeur libre le cours dispensé à la Faculté d’Histoire. L’Université de Cluj offre des conditions d’étude privilégiées pour l’époque : issue de la fusion (en 1959) de l’Université roumaine « Victor Babeş » et de l’Université hongroise « János Bolyai » – continuatrice de l’Université fondée par les Jésuites au XVI e siècle ‑, elle hérite d’une riche bibliothèque multiséculaire. C’est là que les étudiants préparent leurs séminaires, qu’ils parcourent la bibliographie recommandée, qu’ils passent leurs bribes de temps libre dans la journée. 8 Ioan Niculiţă (1923 - 2009), enseignant à la Chaire de français de la Faculté des Lettres de Cluj, spécialiste en linguistique et civilisation françaises, connu au grand public comme l’auteur du Manual de conversaţie în limba franceză (4 éditions), traducteur en français de plus de 2 000 articles et ouvrages scientifiques, médaillé de l’Ordre des Palmes académiques en 1977 (Dumitru Covalciuc, « Niculiţă- Popovici (cavaler de), Constantin, mare proprietar », in Crai Nou , n° du 5 septembre 2018, disponible en ligne à URL : https://www.crainou.ro/2018/09/05/niculita-popovici-cavaler-de-constantin-mare- proprietar/). 9 Maria Ţenchea, transcription de l’interview enregistrée le 18 février 2011, par Sânziana Preda, p. 1. 10 Ibidem . 11 Henri Jacquier (1900–1980), professeur à la Faculté des Lettres de Cluj, titulaire des cours d’histoire de la langue et de la littérature françaises, de philologie romane, d’histoire et de géographie de la France. Esprit encyclopédique, il s’intéressait aussi à la philosophie, à la mythologie, aux cultures et aux civilisations antiques, aux arts et aux sciences. 12 Maria Ţenchea, interview du 18 février 2011, p. 1. 13 Dans la classe du professeur Viorica Lascu (1919-2015), philologue, italianiste et historienne roumaine. 14 Avec Lusita García Garcia, hispanophone native d’origine asturienne, établie en Europe de l’Est à la suite de la Guerre civile espagnole. 15 Elle rejoint ainsi le modèle de ce grand-père maternel qui parlait – à part l’allemand et le hongrois, comme tout Transylvain – le latin, le français et l’anglais, appris à Budapest, pendant ses études universitaires. Eugenia Tănase

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