IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

150 Pour supprimer la difficulté, M. Sartre a resserré la relation entre conscience et Choses en les faisant dépendre l’un de l’autre ; sans la conscience, les Choses sont, mais elles ne sont rien qu’un Chaos sans signification. Sans les Choses, la conscience n’existe même pas, puisque sa vie consiste à les penser. (R.-M. Albérès, JEAN-PAUL SARTRE , 46-47) S’attachant à expliquer en quoi J.-P. Sartre avait le discours d’un antimatérialiste dans ses traités de philosophie 11 , l’historien littéraire R.-M. Albérès dévoile, dans un langage plus simple et sûrement plus clair, l’idée exprimée par l’écrivain « à travers [des] vocables sophistiqués » : « l’ homme est une conscience qui se détache des choses et leur donne un sens » ( id. , 46). Une fois énoncée, l’explication du célèbre professeur des universités est évoquée par et condensée dans un « contenant » : un NSS en emploi porteur, difficulté , utilisé avec juste raison en cotexte défini. La définition avec laquelle les dictionnaires le mettent en relation d’équivalence : « Caractère de ce qui est difficile ; ce qui rend quelque chose difficile » ( NPR , 1993 : 643) montre clairement que ce NSS contient une évaluation dans son sens. Imputable exclusivement au locuteur / à l’énonciateur, la présence de ce nom général dans l’énoncé atteste l’existence d’un jugement 12 formulé à partir d’une base 13 , qui lui sert de justification, et qui est nichée dans le texte. Le premier paragraphe cité sous (x) fournit la base du jugement inclus dans la dénotation du nom sous-spécifié en emploi porteur difficulté . On affirme dans la littérature qu’il y a quatre types de jugements : a) les jugements affectifs ou pseudo-affectifs, qui sont à mettre en relation avec « l’impact émotionnel ressenti par le locuteur dans son expérience de l’objet ou de l’événement évalué » ; b) les jugements de valeur, qui impliquent « un système de valeurs plus ou moins explicite » ; c) les jugements de prescription, qui ont « une visée normative » ; d) les jugements de fait, fondés sur « la croyance, le savoir, l’observation, l’impression et qui portent sur la vérité ou la pertinence du propos, révélant, du même coup, un point de vue » (Legallois & Lenepveu 2014). (xi) Qu’est-ce qui a changé depuis 1945 dans nos sociétés ? Ce fait fondamental : la vie a cessé d’être brève, aussi éphémère qu’un train qui passe, pour reprendre une métaphore de Maupassant. (P. Bruckner, Une brève éternité. Philosophie de la longévité , 19) 11 Voir par exemple L’Imaginaire, psychologie phénoménologique de l’ imagination (1940), L’Être et le Néant (1943). 12 Nous adopterons ici la définition du terme qui nous est proposée par Legallois & Lenepveu (2014) : le jugement est « l’acte qui consiste pour un locuteur à se positionner en termes d’opinion, d’idéologie, de croyance, d’attitude et d’émotion. » 13 La base, déclarent les mêmes auteurs, est « un contenu qui justifie l’expression d’un jugement » (Legallois & Lenepveu 2014). Alexandra Cuniță

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