IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
155 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA ces noms porteurs transmettent régulièrement une évaluation, un jugement de valeur du type bon / vs / mauvais, par exemple ; ils contribuent ainsi à « caractériser » ou « perspectiviser » l’événement, le phénomène, l’action, les propriétés… empaquetés. (xv) Tel est le privilège de l’homme qui a fait un choix et assumé une responsabilité : le monde à nouveau s’ordonne autour de lui dans toute sa réalité. En échange de son engagement, il reçoit en don un univers redevenu réel […]. Mais qu’est-ce qui nous décidera à faire ce choix , à franchir ce pas ? Le malheur est pour Mathieu qu’il ne trouve aucune raison d’engager sa liberté dans un projet déterminé. S’engager à l’aveugle et seulement pour se donner un but, est tomber dans un fidéisme et un activisme auxquels répugne sa conscience. (R.-M. Albérès, J.-P. SARTRE , 79) Le texte cité s’organise en fait autour des mots choix et responsabilité , qui relèvent de catégories de modalités distinctes, compte tenu de leurs valeurs dénotatives respectives. L’association des deux labels traduit peut-être une invitation que l’historien littéraire R-M. Albérès ‒ en train d’expliquer les idées philosophiques, plus généralement l’idéologie de J.-P. Sartre dans l’une des étapes de sa vie ‒ adressait à ses lecteurs potentiels : l’invitation à se rappeler la toute-puissante, l’incontournable relation d’interdépendance entre destin individuel et destin collectif. Quant à l’interprétation correcte de l’opposition que le texte établit entre le privilège dont jouit celui qui a accompli l’acte de choisir ‒ se manifestant en tant qu’être responsable ‒ et le malheur qui dévore la vie de l’individu incapable de s’engager dans une action de façon pleinement consciente, par solidarité avec ses semblables, la « grille de lecture » ne saurait être assurée uniquement par les dictionnaires explicatifs : des connaissances supplémentaires sur les positions philosophiques de J.-P. Sartre sont nécessaires, des inférences qu’une certaine expérience de lecture des « ouvrages à thèse » de l’écrivain pourrait stimuler le sont également. Si le nom attitudinal est engagé dans une prédication intraphrastique, d’ordinaire il est placé en tête de phrase, en tant que sujet grammatical, et c’est le cotexte postnominal qui en assure l’actualisation [Le danger , ici, c’est l’utopie.) ; cependant, il peut aussi se trouver en fin de phrase, et alors c’est dans le cotexte pré-nominal qu’il faut chercher le contenu spécificationnel. Voici maintenant la preuve du fait qu’un texte contenant une information assez riche pour que l’émetteur parvienne à la fois à expliquer et à justifier une opinion avancée, mais aussi à formuler la conclusion de son raisonnement, peut assurer l’actualisation d’une variable utilisée par deux fois sous la même forme et placée d’abord en tête, puis à la fin du passage en question :
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