IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
159 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA 2.2.1 Valeur référentielle, cohésion et cohérence textuelles (xx) Entre le Gœtz qui joue la comédie du Mal et le Gœtz qui se regarde jouer, il existe la distance nécessaire à l’apparition d’une conscience qui donne au personnage sa vie et sa force dramatique. Orgueilleux artisan du Mal, il se complaît à répondre à l’idée que les autres se font de lui. Il se délecte à jouer ce rôle de nihiliste que sa situation de bâtard l’a contraint d’endosser. Mais il se contrefait, il s’efforce un peu trop de bien remplir son rôle. […] Au moment de se convertir au Bien il avoue : « Le Mal, on y croit après » alors qu’il vient de confier à Nasty : « Torture et pendaison… que c’est monotone. L’ ennui avec le Mal, c’est qu’on s’y habitue, il faut du génie pour inventer… ». (C. Launay, Le Diable et le Bon Dieu. SARTRE – Analyse critique , 41) Désignateur transitoire et contingent d’un segment de réalité que le locuteur choisit sous l’empire de sa subjectivité, le mot ennui est engagé dans une relation attributive avec une complémentation propositionnelle complexe. Les deux propositions qui actualisent le contenu du nom attitudinal semblent illustrer plutôt une relation de cause à effet qu’un cumul d’informations du même type destinées à saturer le « contenant » vide. Préparée en quelque sorte par l’ensemble des phrases du paragraphe cité sous (xx), mais surtout par l’aveu qui précède immédiatement l’énoncé spécificationnel, l’apparition de la construction [Le N est/c’est que P], où N est le nom-coquille ennui , nous fait penser au double rôle que ce mot joue : il met en relief la proposition P et la recatégorise « dans les termes descriptifs du nom porteur employé » (Huyghe 2018). Le mot Mal qui se répète plusieurs fois dans ce paragraphe, les termes qui évoquent les souffrances infligées en continu à des malheureux– ce qui finit par installer la monotonie dans la vie quotidienne du bourreau ‒ le véritable « artisan du Mal », dans la situation en question ‒ et qui crée une réelle habitude chez celui-ci, voilà une liste d’arguments sur lesquels s’appuie le locuteur Gœtz pour désigner et recatégoriser par le mot porteur en usage attitudinal ennui les effets du Mal même qu’il avait instauré. Ce modalisateur appréciatif contribue grandement à assurer la cohérence du texte, mais il est tout aussi important pour la cohésion discursive de la communication. (xxi) Le sentiment de l’absurdité au détour de n’importe quelle rue peut frapper à la face de n’importe quel homme. Tel quel, dans sa nudité désolante, […] il est insaisissable. Mais cette difficulté même mérite réflexion. Il est probablement vrai qu’un homme nous demeure à jamais inconnu et qu’il y a toujours en lui quelque chose d’irréductible qui nous échappe. Mais pratiquement, je connais les hommes et je les reconnais à leur conduite, à
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