IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
160 l’ensemble de leurs actes, aux conséquences que leur passage suscite dans la vie. […] Il est certain qu’apparemment, pour avoir vu cent fois le même acteur, je ne l’en connaîtrai personnellement pas mieux. Pourtant si je fais la somme des héros qu’il a incarnés et si je dis que je le connais un peu plus au centième personnage recensé, on sent qu’il y aura là une part de vérité. Car ce paradoxe apparent est aussi un apologue. Il a une moralité. (A. Camus, Le Mythe de Sisyphe. Essai sur l’absurde , 24-25) Chargé de condenser en une forme nominale unique les représentations attachées aux prédications contenues dans les deux premières phrases, le « contenant » difficulté , utilisé en co(n)texte défini 24 , joue un double rôle discursif de marqueur de cohésion et d’organisateur de la structure informationnelle (Huyghe 2018). Précédé du démonstratif cette qui le détermine, le nom difficulté reprend en anaphore, résume et évalue simultanément une information relativement riche, que le locuteur semble toutefois apprécier favorablement, du moment qu’il affirme : « cette difficulté même mérite réflexion ». La large tranche textuelle qui suit est ainsi « perspectivisée ». Repris à la fin du passage, ce morceau de texte condensé dans une « enveloppe » conceptuelle pertinente se termine par un double jugement évaluatif : « […] ce paradoxe apparent est aussi un apologue. Il a une moralité. » Mais ce résultat extraordinaire de la réflexion à laquelle l’énonciateur conviait les énonciataires virtuels, à quelques lignes de distance dans le texte cité, n’enferme-t-il pas ces derniers dans un dilemme 25 ? 2.2.2. Les noms généraux attitudinaux, les structures d’enchaînement et la position qu’elles occupent entre les relations de cohérence et celles qui organisent les séquences textuelles En sémiotique narrative, les séquences textuelles sont définies comme des unités textuelles « [obtenues] par la procédure de segmentation » (Greimas, Courtés, 1979 : 348), dont les frontières sont délimitées par des « démarcateurs » ( ibid., 87- 88). Entités autonomes dotées d’une organisation interne, les séquences textuelles sont vues comme des réseaux relationnels, dont les particularités, que l’on compare entre elles, permettent des classements basés soit sur des propriétés formelles : séquences descriptives, séquences narratives, séquences argumentatives…, soit sur 24 Mais le démonstratif cette y a un fonctionnement différent de celui de l’article extensif le , défini par « une tension généralisatrice d’éloignement du singulier en direction de l’universel » (Guillaume 1973 : 160). 25 Si les chercheurs s’intéressent surtout à la dimension sémantique et aux particularités grammaticales ‒ plus précisément syntaxiques ‒ des noms sous-spécifiés, il importe que l’on étudie aussi la dimension pragmatique de leur fonctionnement dans le discours. Alexandra Cuniță
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