IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
163 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA cette « complication » est bien grave pour le Spectateur : si l’acteur n’est plus un vrai acteur, la situation dans laquelle vous pensiez être par rapport à lui va s’effondrer , c’est votre statut même de spectateur qui va vous apparaître comme un rôle. En fait, toute la tranche textuelle qui suit et qui s’étend jusqu’à la citation finale empruntée à J.-P. Sartre peut être considérée comme étant l’expression d’une relation logique de type cause-conséquence. Elle assure indubitablement la cohérence et la cohésion de l’ensemble, mais elle n’annonce pas de « solution » vers laquelle le Spectateur écœuré, démoralisé puisse se tourner. Chaque phrase de cette partie de la séquence textuelle renferme une explication ou plutôt une réponse à une question qui n’aura pas été posée en réalité. La « conclusion », qui semble figurer la « situation finale », décrit la condition misérable de celui qui vit dans l’imposture et en est conscient : le sérieux d’une vie bien réglée [ tardera ] un peu trop à ressaisir [ le Spectateur ] ou ne [ le ] ressaisira qu’ insuffisamment, ainsi [ lui ] seront durablement révélées, dans la honte, [ sa ] solitude fondamentale et [ son ] essentielle imposture . Et les quelques lignes empruntées à J.-P. Sartre, qui sont présentées en citation, renforce l’image : celui qui prend conscience en lui de cette contradiction explosive [ entre ce qu’ il est pour lui-même et ce qu’ il est aux yeux d’autrui ] , celui-là connaît la vraie solitude, celle du monstre raté par la Nature et la Société . Mais la prédiction-avertissement de J.-P. Sartre se termine, de façon quelque peu curieuse, par les mots cette solitude latente, larvée, qui est la nôtre et que nous tentons de passer sous silence . Cette généralisation suggérée par l’emploi des marques de la IV e personne ‒ nous , la nôtre ‒ au lieu de celui qui…celui-là , il , ou bien au lieu de vous , votre dans la quasi-totalité de la séquence, devrait-elle être interprétée comme une accusation de manque de réaction, d’indifférence sinon de pusillanimité ou de lâcheté, que J.-P. Sartre aurait lancée contre la Société ? Serait-ce un défi jeté à ce destinataire collectif ? Balisé, en quelque sorte, par les NSS ayant les usages attitudinaux discutés, le texte analysé se présente comme un réseau relationnel hiérarchique, étant donné que les relations identifiées ici même ‒ plus importantes, dans certains modèles théoriques, que les unités linguistiques qu’elles unissent – s’établissent entre signifiants de niveaux différents. La cohésion grammaticale implique, sous la forme de l’accord par exemple, la co-présence d’au moins deux unités de niveau inférieur dans un syntagme nominal et la reprise à distance du noyau nominal de ce syntagme par un anaphorique pronominal approprié, l’existence d’un syntagme nominal et d’un syntagme verbal réunis dans une proposition, l’enchaînement de plusieurs propositions en une phrase ou celui de plusieurs phrases groupées autour d’un même thème ou topique 31 . Les relations 31 Emprunté à l’anglais topic, le topique est « le sujet du discours (du point de vue de la question posée, de la situation) souvent vu comme le sujet de la phrase ». ( Dictionnaire culturel en langue française , IV, 2005 : 1444)
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