IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
170 pour nous arrêter ensuite sur le discours indirect libre et réexaminer son rôle dans la mise en scène du discours interactif et du discours intérieur. La dernière partie de l’article sera consacrée aux relations que le discours rapporté noue avec le point de vue. 1. Oswald Ducrot situe sa théorie polyphonique de l’énon ciation dans le cadre conceptuel de la pragmatique linguistique, étude des conditions où se déroule et des effets que produit l’action humaine à l’aide du langage. Inaugurée par Emile Benveniste, qui reliait par l’énonciation la langue-système à la langue en fonction, la pragmatique linguistique postule que les aspects concernant l’utilisation des unités linguistiques sont inscrits dans le système de la langue. Il en va de même pour la nature instructionnelle de la signification : selon Ducrot, la signification est un ensemble d’instructions fournies aux locuteurs par la structure lexico-grammaticale des propositions pour leur permettre d’interpréter, dans tel ou tel contexte, le sens des énoncés dérivés de ces propositions. La thèse de Ducrot repose sur le constat que le sujet parlant n’est pas toujours l’auteur, le responsable de l’énoncé qu’il construit, comme il arrive lorsque, dans un contexte administratif, on se sert de formulaires tout faits. De son côté, l’auteur de l’énoncé n’est pas le responsable de tous les points de vue que ce dernier représente, comme il arrive, par exemple, dans le cas de la présupposition. Ce qui revient à rejeter la thèse de l’univocité du sujet parlant qui a dominé la linguistique francophone de Saussure à Benveniste. Un premier postulat de ce modèle est la nature polyphonique du sens, selon lequel le sens de l’énoncé est l’image, la représentation que ce dernier donne de l’acte d’énonciation. La représentation construite par le sens de l’énoncé doit inclure, outre les valeurs illocutoires et argumentatives, les sources de l’énonciation. Telle que décrite par le sens de l’énoncé, l’énonciation apparaît « comme une sorte de dialogue cristallisé, où plusieurs voix s’entrechoquent » (Ducrot, 1984, Avant-propos ). Deux catégories de phénomènes sont directement concernées par le modèle de Ducrot : (1) la double énonciation , cas où le sens de l’énoncé présente l’acte d’énonciation comme impliquant la présence de deux locuteurs (cf. discours direct, écho imitatif, construction d’un discours imaginaire) ; (2) la dualité des points de vue , cas où le sens de l’énoncé présente l’acte d’énonciation comme impliquant un locuteur et deux énonciateurs (cf. négation, interrogation, présupposition, concession). Le second postulat, corrélé au précédent, est la pluralité de l’ instance d’ énonciation, à savoir la triade sujet parlant, locuteur, énonciateur. Le sujet parlant est le « producteur physique », un être du monde que le sens de l’énoncé présente comme une instance extérieure à l’acte d’énonciation. Le locuteur est un être du discours qui intervient dans Ligia-Stela Florea
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