IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

171 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA la construction du sens en tant qu’auteur et responsable de l’énoncé. L’ énonciateur est la source des points de vue, des positions et des attitudes manifestées dans le procès de l’énonciation, sans qu’on puisse leur attribuer des mots précis. C’est un être de discours assimilable aux « phrases sans paroles », concept accrédité par Ann Banfield 2 dans sa Théorie du récit et du style indirect libre . Pour illustrer sa triade, Ducrot recourt à l’exemple d’une œuvre narrative : dans ce cas, le sujet parlant serait l’auteur, l’être du monde qui a produit le texte ; le locuteur serait le narrateur, l’être de discours à qui incombe la responsabilité du récit et l’énonciateur serait le personnage « centre de perspective », dont la présence se traduit par des marques de subjectivité associées à l’effet point de vue (perceptions représentées et discours indirect libre). 2. Le discours rapporté, phénomène de polyphonie textuelle Le discours rapporté (DR) est un phénomène de polyphonie à l’échelle du texte, par lequel un locuteur représente dans son discours les propos d’un autre locuteur. Certains linguistes (Nølke et alii 2004) , recourent au terme de discours représenté pour désigner les quatre types de stratégies généralement reconnus : discours direct (DD), discours indirect (DI), discours indirect libre (DIL) et discours direct libre (DDL). Nous utilisons quant à nous le terme de discours représenté pour désigner, à part le discours rapporté, d’autres stratégies comme les formes mixtes, le discours narrativisé, la modalisation en discours second, le conditionnel médiatif, etc. On peut représenter des mots, c.a.d. des actes verbaux, ou des pensées, des actes psychiques à demi verbalisés. La représentation, dans le discours du locuteur, d’un discours provenant d’un autre acte d’énonciation suppose en premier lieu la mise en relation d’un discours cité (DCé) et d’un discours citant (DCn). Bien que ces deux termes soient mieux appropriés dans les cas où le discours étranger est rapporté sous sa forme littérale, c.a.d. au discours direct ou direct libre, on va y recourir, pour des raisons pratiques, dans les autres cas également. Nous adoptons, dans l’analyse du discours rapporté, une perspective polyphonique légèrement différente de celle de Nølke et alii (2004) , choisissant comme critère de 2 « Phrases sans paroles » transpose le terme anglais Unspeakable Sentences qui désigne les énoncés narratifs en « style indirect libre », énoncés que l’on ne pourrait attribuer, selon Banfield, ni au personnage ni au narrateur. Aussi, dans son ouvrage publié en 1982, cette auteure soutient que, pour cerner les mécanismes qui sous-tendent le fonctionnement du SIL, il était indispensable de renoncer à la catégorie de narrateur- locuteur.

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