IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
172 typologisation la disjonction locuteur/énonciateur 3 . On distinguera pour commencer un discours rapporté qui met en scène deux locuteurs (types DD et DDL) et un discours rapporté qui met en scène un locuteur et un énonciateur (types DI et DIL). Soient les exemples suivants : (1) Ma sœur cadette m’a dit un jour : « Tu sais ce que je désire le plus ? Couper les ponts, partir droit devant moi, loin d’ici ». (2) Le voyant troublé, je lui ai demandé ce qui s’était passé. Il m’a répondu d’une voix mal assurée que tout était en ordre. (3) Pierre m’a appelé aujourd’hui. Enfin, il a décroché un poste au journal : pas fameux, c’est vrai, mais cela lui suffit pour le moment. (4) Odile ne cessait de faire des reproches à son mari. Pourquoi as-tu acheté tant de fromage ? Et pourquoi à ce prix ? Dans le petit magasin à côté, tu aurais trouvé moins cher. Le discours direct de (1) et direct libre de (4) font entendre deux voix : celle d’un locuteur primaire L, auteur du DCn, et celle d’un locuteur secondaire l, auteur du DCé. Deux locuteurs distincts renvoient à deux actes d’énonciation distincts ayant chacun son propre cadre référentiel. Dans les deux cas, le DCn évoque un événement communicatif et le DCé reproduit d’une manière littérale (où prétend le faire) les dires du protagoniste de cet événement : en (1), la sœur cadette du locuteur primaire qui confie à ce dernier ses désirs et, en (4), la personne nommée Odile, qui accable son mari de questions qui signifient autant de reproches. Ce qui distingue le discours direct du discours direct libre, c’est la relation qui s’établit entre DCn et DCé en fonction de la présence ou de l’absence du verbe introducteur et des guillemets. La présence, dans les formes typiques de DD, d’un verbum dicendi transitif fait du segment correspondant au DCé un complément d’objet direct du DCn. Bien que construit par juxtaposition, ce complément est marqué graphiquement par deux points/guillemets, ce qui assure dans ce cas un lien étroit entre DCé et DCn. L’absence du verbe introducteur, de la relation complétive implicite et des guillemets fait que, dans le cas du DDL, la relation entre DCn et DCé soit une relation purement sémantique. 3 Il s’agit d’une distinction à valeur opératoire et non d’une opposition radicale entre locuteur et énonciateur. Lorsque sa position énonciative est en concordance avec son énoncé, le locuteur s’identifie à l’énonciateur : L/E. Leur dissociation s’avère pourtant très utile au cas où le locuteur se distancierait de son énoncé ou de celui d’un autre locuteur. Donc, même si ces deux facettes de l’instance d’énonciation sont corrélées, leur disjonction présente un intérêt théorique pour la description du discours rapporté, en particulier pour celle du discours indirect libre. Ligia-Stela Florea
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