IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
174 de Mon Dieu, au personnage Gervaise ? Ces mêmes éléments dont on disait, à propos de (3), qu’ils sont les traces de l’acte d’énonciation à la source du DCé. Ils marquent une discordance énonciative (cf. Rosier 1999) qui signale le changement du plan d’énonciation. Les interjections, le marqueur discursif donc , les deux phrases exclamatives relèvent de l’oral spontané, de même que certains vocables. Ces caractéristiques : subjectivité, affectivité, oralité renvoient au discours intérieur du personnage Gervaise. Si en (5) le discours oblique nommé DIL permet au narrateur d’introduire le lecteur dans la conscience de son personnage, en (3) cette même stratégie discursive permettait à un locuteur, dans une situation de communication courante, de rapporter à son interlocuteur les dires de leur ami commun, Pierre. À cette différence près que le DIL se mettait dans ce cas au service du discours extérieur ou, dans les termes de Bronckart (1993), du discours interactif. 3. DIL DU DISCOURS INTERACTIF : L’ASSOMMOIR D’ÉMILE ZOLA Dans les romans de Zola, le DIL se met souvent au service du discours interactif et c’est là un argument de poids en faveur de son inclusion dans la catégorie ‘discours rapporté’. Dans L’Assommoir , par exemple, les occurrences de DIL rapportant les propos tenus par les personnages sont de loin plus nombreuses que les contextes où il sert à représenter un discours intérieur. Voici une telle occurrence, où le DIL coexiste avec le DD, forme typique du discours rapporté. Dans le fragment ci-dessous, qui met en scène une demande en mariage, nous avons signalé le DIL par des italiques : (6) Quand il fut entré, elle le crut malade, tant il lui parut pâle, les yeux rougis, le visage marbré. Et il restait debout, bégayant, hochant la tête. Non, non, il n’ était pas malade. Il pleurait depuis deux heures, en haut, dans sa chambre ; il pleurait comme un enfant en mordant son oreiller pour ne pas être entendu des voisins. Voilà trois mois qu’ il ne dormait plus. Ça ne pouvait pas continuer comme ça. « Écoutez, madame Gervaise, dit-il la gorge serrée, sur le point d’être repris par ses larmes, il faut en finir, n’est-ce pas ?... Nous allons nous marier ensemble. Moi, je veux bien, je suis décidé. » Gervaise montrait une grande surprise. Elle était très grave. « Oh ! monsieur Coupeau, murmura-t-elle, qu’est-ce que vous allez chercher là ! Je ne vous ai jamais demandé cette chose, vous le savez bien... Ça ne me convenait pas, voilà tout... Oh ! non, non, c’est sérieux, maintenant réfléchissez, je vous en prie ». Ligia-Stela Florea
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