IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

175 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Mais il continuait à hocher la tête d’un air de résolution inébranlable. C’ était tout réfléchi. Il était descendu parce qu’ il avait besoin de passer une bonne nuit. Elle n’allait pas le laisser remonter pleurer, peut-être ! Dès qu’elle aurait dit oui, il ne la tourmenterait plus, elle pourrait se coucher tranquillement. Il voulait simplement lui entendre dire oui. On causerait le lendemain. « Bien sûr, je ne dirai pas oui comme ça, reprit Gervaise. Je ne tiens pas à ce que, plus tard, vous m’accusiez de vous avoir poussé à faire une bêtise... Voyez-vous, monsieur Coupeau, vous avez tort de vous entêter. Vous ignorez vous-même ce que vous éprouvez pour moi. Si vous ne me rencontriez pas de huit jours, ça vous passerait, je parie [...]. Asseyez-vous là, je veux bien causer tout de suite ». Alors, jusqu’à une heure du matin, dans la chambre noire, à la clarté fumeuse d’une chandelle qu’ils oubliaient de moucher, ils discutèrent leur mariage... ( L’Assommoir , p.58-59) Première remarque : dans cet échange de propos entre Coupeau et Gervaise, le DIL alterne d’une façon assez régulière avec le DD. À une exception près, le discours du « soupirant » est représenté sur le mode du DIL, alors que le discours de la femme, qui a la position forte dans cette interaction, est représenté sous la forme du DD. Par le biais de l’incorporation énonciative, le DIL fait passer le discours du personnage par le filtre du narrateur, ce qui réduit Coupeau au statut d’énonciateur. L’autonomie énonciative du DD confère en revanche à Gervaise le statut de locuteur à plein titre. Il en résulte, nous semble-t-il, un effet de relief : si le DD projette Gervaise au-devant de la scène, le DIL relègue Coupeau au second plan. Deuxième remarque : le discours oblique et le discours direct s’enchaînent parfaitement du point de vue syntaxique et sémantique. Au « réfléchissez, je vous en prie » de Gervaise, répond le « c’était tout réfléchi » de Coupeau. Au « on causerait le lendemain » de Coupeau, répond le « je veux bien causer tout de suite » de Gervaise. Il y a plus : dans la première ligne du texte, l’énoncé elle le crut malade fonctionne comme une question auprès de « Non, non, il n’était pas malade ». Cela montre qu’ elle le crut malade est considéré ici comme du discours narrativisé. D’ailleurs, c’est toujours par du discours narrativisé que finit notre fragment : « Alors jusqu’à une heure du matin… ils discutèrent leur mariage » . Chez Zola, le DIL peut servir également à représenter le discours d’un groupe de personnes, c’est-à-dire un discours qui émane de plusieurs sources à la fois, mais sans parvenir au statut de locuteur collectif que seul le DD ou le DDL aurait pu lui assigner. En voici un exemple tiré du même roman, qui raconte un repas de noces.

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