IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

177 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA 4. DIL DES ÉTATS DE CONSCIENCE : THÉRÈSE DESQUEYROUX DE FRANÇOIS MAURIAC À un demi-siècle de distance, François Mauriac pratique un autre genre de roman et un autre genre de DIL. Un discours indirect libre qui se met au service des états de conscience et qui a ceci d’original qu’il fait presque fusionner les deux « voix », celle du locuteur-narrateur et celle de l’énonciateur-personnage. Dans Thérèse Desqueyroux , le DIL sert avant tout à explorer l’univers intérieur d’un personnage aussi cruel que fascinant. De Bordeaux à Saint-Clair et jusqu’à Argelouse, Thérèse remonte en mémoire le fil de sa vie : le mariage avec Bernard Desqueyroux, la crise passionnelle d’Anne, les rencontres avec Jean Azévédo, la naissance de Marie, la maladie de Bernard et, finalement, les mois affreux qui l’ont fait sombrer dans le crime. À la suite des déclarations de Bernard, qui tient avant tout à « faire le silence », Thérèse bénéficie d’un non-lieu. Au rythme de la calèche qui la ramène à Argelouse, elle retourne dans son esprit les détails de son drame, s’efforce d’imaginer le premier face-à-face avec son mari. (8) Au fond de cette calèche cahotante, sur cette route frayée dans l’épaisseur obscure des pins, une jeune femme démasquée caresse doucement avec la main droite sa face de brûlée vive. Quelles seront les premières paroles de Bernard dont le faux témoignage l’a sauvée ? Sans doute ne posera-t-il aucune question, ce soir... mais demain ? Thérèse ferme les yeux, les rouvre [...] et s’efforce de reconnaître cette montée. Ah ! ne rien prévoir. Ce sera peut-être plus simple qu’elle n’imagine. Ne rien prévoir. ( Thérèse Desqueyroux , p.19) L’instance auctorielle s’efface derrière les réflexions et les rêveries du personnage dont la subjectivité est celle d’un il , sujet de conscience. Si les deux premières lignes sont dominées par la voix du narrateur, la tonalité angoissée des interrogations nous fait entendre la voix intérieure de Thérèse. Du reste, les syntagmes démonstratifs à référent spécifique, cette calèche, cette route de même que les déictiques ce soir et demain dessinent déjà le cadre spatio-temporel où va s’inscrire le monde de l’héroïne. On a là autre forme de DIL, qui se construit en lien avec le présent de narration. Il en résulte, d’un côté, que les temps ne sont plus transposés, pouvant se combiner librement avec les déictiques lexicaux. De l’autre, le discours narratif perd sa consistance, car la perspective du narrateur semble « contaminée » par celle de l’héroïne, allant parfois jusqu’à s’y fondre complètement. (9) Certes, elle avait raison, cette petite fille, lorsqu’elle répétait à Thérèse, lycéenne raisonneuse et moqueuse : « Tu ne peux imaginer cette délivrance

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