IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
178 après l’aveu, après le pardon » [...]. Il suffisait à Thérèse d’avoir résolu de tout dire pour déjà connaître, en effet, une sorte de desserrement délicieux : « Bernard saura tout ; je lui dirai... ». Que lui dirait-elle ? Par quel aveu commencer ? Des paroles suffisent- elles à contenir cet enchaînement confus de désirs, de résolutions, d’actes imprévisibles ? Comment font-ils, tous ceux qui connaissent leurs crimes ?... « Moi, je ne connais pas mes crimes. Je n’ai pas voulu celui dont on me charge. Je ne sais pas ce que j’ai voulu. Je n’ai jamais su vers quoi tendait cette puissance forcenée en moi et hors de moi : ce qu’elle détruisait sur sa route, j’en étais moi-même terrifiée... » ( Thérèse Desqueyroux , p.22) L’insertion du discours direct dans le DIL nous fait entendre, à travers le souvenir de Thérèse, le son d’une autre voix et d’un autre temps. Des mots ressurgissent de sa mémoire pour lui donner du courage, mais le doute et l’incertitude reviennent, comme le suggère la série des interrogations directes dont deux sont au présent, une à la forme en -rait nommée prospectif ( que lui dirait-elle ) et la dernière à l’infinitif délibératif ( par quel aveu commencer ). Ce long monologue intérieur s’achève par un discours direct qui confère tout son poids à la deixis de la subjectivité fictive (Florea 2018). Au centre, se trouve le moi de Thérèse ; le présent du locuteur/énonciateur et le hic et nunc sont ceux du moment vécu par le personnage. Dans sa conscience, Thérèse refuse d’assumer un crime qu’elle n’a pas voulu commettre : les quatre énoncés négatifs ont visiblement un caractère polémique. Elle finit par prendre conscience de cette « puissance forcenée » qui l’habite, cette autre Thérèse dont le pouvoir destructeur la terrifie. Le monologue intérieur repose ici sur deux types de discours rapporté : le DIL, qu’on appelle aussi « monologue narré » et le DD, qu’on appelle aussi « monologue cité » (Cohn 1978). Ce qui assure au DIL une individualité distincte du DD, malgré leur base temporelle commune, c’est d’un côté la cohésion référentielle du texte, due à la réitération des marques de la 3e personne, et, de l’autre, la cohérence de la modalité énonciative reposant sur des marques lexicales ( sans doute, peut-être, certes, en effet ) ou grammaticales (infinitif injonctif, subjonctif prescriptif ). Un dernier exemple, où le DIL met en scène un véritable débat intérieur et où le présent de l’état de conscience forme un vif contraste avec les tiroirs allocentriques (PS, IMP, PQP) qui soutiennent, tout au début, le discours du narrateur : (10) Saint-Clair, enfin. À la descente du wagon, Thérèse ne fut pas reconnue. Pendant que Balion remettait son billet, elle avait contourné la gare […] et rejoint la route où stationnait la carriole. Ligia-Stela Florea
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