IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

179 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Cette carriole, maintenant, lui est un refuge ; sur le chemin défoncé, elle ne redoute plus de rencontrer personne. Toute son histoire, péniblement reconstruite s’effondre : rien ne reste de cette confession préparée. Non : rien à dire pour sa défense ; pas même une raison à fournir ; le plus simple sera de se taire, ou de répondre seulement aux questions. Que peut-elle redouter ? Cette nuit passera, comme toutes les nuits ; le soleil se lèvera demain : elle est assurée d’en sortir, quoi qu’il arrive. Et rien ne peut arriver de pire que cette indifférence, que ce détachement total qui la sépare du monde et de son être même. Oui, la mort dans la vie : elle goûte la mort autant que peut la goûter une vivante . ( Thérèse Desqueyroux , p. 119-120) La voix de Thérèse se fait entendre à travers un soupir de soulagement ( Saint- Clair, enfin ) , avant de laisser un moment la place à la voix du narrateur. À partir de Cette carriole, maintenant, lui est un refuge le DIL reprend, déployant une ample deixis (cinq syntagmes démonstratifs, trois adverbes de temps) ainsi qu’un mouvement argumentatif en trois temps : négations polémiques / interrogation oratoire / affirmations catégoriques (futur simple et oui conclusif ). Un parallélisme s’installe du point de vue énonciatif (abondance de déictiques) et sémantique (réflexions prospectives) entre ce passage et les précédents. Mais ces analogies ne font que souligner davantage les différences de tonalité. Dans (8) et (9), l’annonce du non-lieu faisait reprendre un peu d’espoir à Thérèse. Elle essayait d’anticiper l’attitude qu’allait prendre Bernard, les premiers mots qu’ils échangeraient, afin de pouvoir « préparer sa confession ». Tout le trajet qu’elle fait en voiture puis en train, de Bordeaux à Saint-Clair, n’est pour Thérèse qu’une occasion de scruter son passé afin d’y puiser des arguments pour « sa défense ». Mais (10) remet tout en question, car les arguments s’avèrent trop faibles pour soutenir « son histoire », d’où un amer constat de nullité à travers une suite de négations polémiques : « rien ne reste de cette confession. Non, rien à dire pour sa défense ; pas même une raison à fournir ». S’il n’y a plus d’espoir il n’y a pas non plus rien à craindre, car Thérèse se sent coupée du monde, de la vie, de son être même. « Cette nuit passera… le soleil se lèvera demain » ne sont pas dans sa voix l’expression de l’espoir mais celle de la plus froide indifférence. Chez Zola, tout comme chez Flaubert, l’usage du DIL semble répondre à un souci de cohérence. Les formes en - ais permettent d’intégrer sans heurt les paroles et les pensées représentées au monde raconté. Les transitions homogènes qui s’opèrent ainsi à l’intérieur du système de l’ Histoire assurent finalement au récit une perspective temporelle unitaire, ce qui permet à l’auteur de conserver intacte la maîtrise du récit. Ce qui préoccupe avant tout François Mauriac, ce n’est pas l’image d’un univers romanesque homogène, mais les moyens que pourrait se donner l’écrivain « pour

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