IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
180 exprimer cet immense monde enchevêtré, toujours changeant, jamais immobile qu’est une seule conscience humaine » ( Le romancier et ses personnages , 1953). C’est là, suivant le témoignage même de l’écrivain, un des grands enjeux de la création romanesque. Dans Thérèse Desqueyroux , ce déplacement du centre de gravité sur l’univers intérieur du personnage fait que ce dernier s’affranchit, dans une certaine mesure, de l’emprise du narrateur pour vivre d’une vie propre. Il s’ensuit une sorte de délayage du récit, qui se dissout en réflexions, rêveries, projections rétrospectives ou prospectives, bref, dans l’introspection psychologique. 5. DISCOURS RAPPORTÉ ET POINT DE VUE Tout comme le précédent, La tête contre les murs est un roman à point de vue ou à focalisation interne. Le premier chapitre assigne à Arthur Gérane le statut de centre de perspective, ce qui fait que le personnage est construit comme un sujet de conscience qui se forme et s’affermit sous les yeux du lecteur. Le monde construit par le premier chapitre ne nous est pas raconté avec le détachement d’un narrateur omniscient, il nous est montré tel qu’il est perçu et vécu par le protagoniste dans un moment qui prend une valeur de « scène ». Après s’être introduit par effraction, de nuit, dans son ancienne maison, Arthur force un tiroir où il prend de l’argent, puis se décide à voler la voiture de son père. Bien qu’il se conduise comme un délinquant, la vie « hors normes » qu’il mène depuis quatre ans ne l’a pas complètement perverti : il a encore de l’affection pour son père et c’est pour ça qu’il trouve son action ignoble : « Idiot, tu fais du beau travail ! » Cependant, une fois réinstallé au volant, il démarre, tout à la joie de savourer en avance sa réussite, mais un obstacle imprévu met brusquement fin à son aventure. (11) Trois heures et demie. Le chant rouillé des coqs se met à grincer. Une sorte de coton grisâtre se répand sur les prairies. Dans trente minutes, il fera jour. Il faut se hâter pour démarrer à la brune, sans allumer les phares, qui pourraient donner l’alerte. Arthur court vers l’ancienne remise dont son père a fait un garage. La clef mastodonte tourne dans la serrure. Par chance, les pneus sont en état, le réservoir plein. Arthur s’assied sur le siège qui lui semble tout chaud encore du derrière paternel. « Comme je suis rosse, tout de même ! » avoue-t-il. Mais il répète aussitôt : « Je ne peux pas faire autrement ». Ce disant, il appuie vainement sur le démarreur. Il a oublié de mettre le contact. La clef, où est la clef ? Bon sang, il l’a oubliée sous le ruban du feutre paternel ! Et son chapeau, Ligia-Stela Florea
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