IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

181 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA son propre chapeau, pourquoi n’est-il pas sur sa tête ? « Zut ! ronchonne-t-il, je l’ai laissé sur le bouton de la porte ». Sa lampe électrique ne fonctionne presque plus et, dans le bureau, il a beaucoup de peine à retrouver le 56 de son père. Nanti de la précieuse clef, il passe devant la glace Empire, reconnaît l’ autre et l’interpelle : « Idiot, tu fais du beau travail ! » L’autre ricane : il lui dédie un pied-de-nez […]. Cependant Arthur regagne le garage, se réinstalle avec importance sur le siège, met la voiture en marche. Les vitesses sont correctement passées. « Mieux que papa ne saura jamais le faire […] gouaille maintenant le triomphateur. Le moustachu a éduqué trop tard ses réflexes ». Il exulte, ce fils indigne qui ne déteste point son père ; il sourit farouchement en écarquillant les yeux pour prendre dans l’ombre les virages de l’ancien chemin de ferme promu à la dignité d’allée et qui conduit à la route […]. Très satisfait de lui, de plus en plus satisfait, Arthur sourit toujours. « La bonne blague ! Nous voilà dimanche, jour de grand-messe et pour aller au bourg, papa devra prendre le train onze […] ». Arthur ne sourit plus : il rit, il rit… Et soudain, Arthur cesse de rire. Mais oui, c’est bien un tronc. Un tronc abattu en travers de l’allée, là à quelques mètres. Un sapin, pour être précis, un sapin que l’on n’a pas encore transporté. Pourquoi n’a-t-il pas reconnu les lieux ? Il aurait fallu, il aurait fallu… (Hervé Bazin, La tête contre les murs , p.18) La promotion d’Arthur au rang de personnage focal repose essentiellement sur l’emploi de certaines techniques de représentation narrative relevant du showing , dont le présent de narration maximise les effets : psycho-récit, perceptions représentées, monologue intérieur. Dans les termes de Rabatel (1998 et 2000), le récit comporte une scénographie énonciative qui repose sur des points de vue en interaction : PDV représenté, PDV raconté et PDV asserté. PDV représenté . La représentation du temps et de l’espace dans le premier paragraphe se construit à partir des perceptions visuelles et auditives d’Arthur et des pensées qui leur sont associées. En témoignent le syntagme une sorte de coton grisâtre , qui suggère un regard hésitant, et les qualifications subjectives le chant rouillé des coqs et la clef mastodonte . Cette dernière, ainsi que l’expression démarrer à la brune évoquent un parler familier propre aux jeunes. Ce parler transparaît d’abord dans le texte à travers le DIL qui nous livre les réflexions d’Arthur en train de préparer son coup : Trois heures et demie…Dans trente minutes, il fera jour. Il faut se hâter pour démarrer à la brune, sans allumer les phares, qui pourraient donner l’alerte.

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