IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

186 Ensor naît dans la Rue Longue (Langestraat) d’une mère ostendaise et d’un père anglais, né à Bruxelles. Sa mère, Marie-Luise Haegeman est issue d’une dynastie de commerçants : la MaisonHaegeman , qui compte des succursales jusqu’à Blankenberge, vend de la dentelle, des chinoiseries, des souvenirs, et des masques pour le carnaval – détail important. La maison de la Vlaanderenstraat (Rue des Flandres), où James Ensor habitera de 1917 jusqu’à sa mort est un ancien magasin de souvenirs des Haegeman. Une histoire d’amour entre une Ostendaise et un Anglais n’était pas rare : selon le poète belge Emile Verhaeren (1855-1916), la ville était mi-anglaise : La ville est mi-anglaise : enseignes de magasins et de bars, proues hautaines des chalutiers y font briller au soleil, en lettres d’or, des syllabes britanniques ; la langue y fourmille de mots anglo-saxons ; les gens des quais y comprennent le patois de Douvres et de Folkestone ; des familles londoniennes s’y sont établies jadis, y ont fait souche et marié leurs filles et leurs fils non pas entre eux, mais aux fils ou aux filles de la West-Flandre. 2 Ensor grandit dans l’atmosphère féérique des chinoiseries, masques et des animaux empaillés dont on peut encore admirer quelques exemplaires à la Maison de James Ensor ( Ensorhuis ), Vlaanderenstraat. Il dira lui-même qu’il doit tout à la mer, et à sa boutique : Je suis né à Ostende, le 13 avril 1860, un vendredi, jour de Vénus. Hé bien ! chers amis, Vénus dès l’aube de ma naissance vint à moi souriante et nous nous regardâmes longtemps dans les yeux. Ah ! les beaux yeux pers et verts, les longs cheveux couleur de sable. Vénus était blonde et belle, toute barbouillée d’ écume, elle fleurait bon la mer salée. Bien vite je peignis, car elle mordait mes pinceaux, bouffait mes couleurs, convoita mes coquilles peintes, elle courait sur mes nacres, s’oubliait dans mes conques, salivait sur mes brosses ; mes sirènes jalouses murmuraient aigrement, toutes mes coquilles résonnaient de leurs cris, ce fut la boutique des murmures humides. 3 Ensor crée ainsi sa propre légende, vivant entre un père introverti, une mère râleuse et sa sœur Mitche 4 , l’un de ses premiers modèles. Les masques, les souvenirs, les chinoiseries constitueront une bonne partie du fonds de commerce du futur peintre James Ensor. Dans Retour à Ostende , livre dans lequel il fait parler les tableaux du maître ostendais, l’auteur suisse Benoît Damon (Serge Laplace, Suisse, Genève, 1960), 2 Émile Verhaeren, James Ensor , 1908, p. 8. 3 Extrait du discours d’Ensor prononcé à l’ hôtel Osborne, le 22 décembre 1922 , paru dans La Flandre Littéraire de février 1924, Mes écrits, p. 117-118. 4 Diminutif de Marie en ostendais. Jan Goes

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