IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
17 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA nouveau statut lui confère une place stable dans l’enseignement universitaire, certes, mais il lui impose aussi des obligations professionnelles accrues. Elle passe des six heures de travaux dirigés hebdomadaires à douze heures de TD et de séminaires à assurer. Elle prend le même plaisir à travailler dans le laboratoire phonétique qu’à faire apprendre la grammaire aux étudiants de la section de français. Les recherches documentaires qu’elle fait pour préparer ses cours vont parfois au-delà des besoins didactiques immédiats ; mieux encore, elles attisent sa curiosité et lui offrent des sujets pour ses réflexions linguistiques dont certaines finissent par être publiées soit dans les Annales de l’Université de Timişoara 20 , soit dans les publications scientifiques centrales 21 . Outre leurs travaux scientifiques personnels, les enseignants sont entraînés dans des projets collectifs, issus des besoins didactiques immédiats : mettre à la disposition des étudiants les supports imprimés des cours et les cahiers d’activités pour les séminaires et pour la pratique de la langue. Comme les chaires de langues plus anciennes (de roumain, d’anglais, d’allemand) s’étaient lancées dans l’écriture et la publication (ne serait-ce que partielle – pour des raisons idéologiques 22 ) de ces manuels vers le milieu des années ‘60, la jeune Chaire des langues romanes doit redoubler d’efforts pour offrir les mêmes conditions de documentation à ses étudiants. Ces instruments de travail sont indispensables pour des raisons pratiques avant tout : la bibliothèque de la Faculté relativement jeune, elle aussi, peine à constituer son fonds de livres nécessaire à la formation des futurs spécialistes dans quatre langues étrangères, en plus du roumain. Qui plus est, l’achat des livres publiés à l’étranger dépend des ressources en devises de l’État et de la (bonne) volonté des autorités à laisser entrer dans le pays les « influences cosmopolites ». Dans ces conditions, les enseignants en français rassemblent leurs moyens personnels – livres achetés à leur compte et notes de lecture prises du temps de leurs propres études dans les bibliothèques des grandes universités du pays – afin de concevoir les manuels « à l’usage des étudiants », qui seront reproduits en polycopie à la typographie de l’Université. Maria Ţenchea contribue à cet effort collectif, d’abord comme membre de l’équipe qui rédige les trois volumes du Cours pratique destiné aux étudiants des facultés 20 « Remarques sur le gérondif français » (1972), « Un microsistem al limbii franceze: prepoziţiile care exprimă interioritatea » (1973). 21 « Remarques sur le gérondif français », in Bulletin de la Société Roumaine de Linguistique Romane, 1973, où elle approfondit l’analyse entamée une année auparavant (v. la note ci-dessus). 22 Certains cours, notamment ceux de littérature, abordaient des problèmes délicats du point de vue idéologique, qui auraient attiré à leurs titulaires des « accusations quant à leur “niveau politique insatisfaisant”, ou à la “surestimation” de la culture occidentale ». (Ioan & Rodica Munteanu, Universitatea de Vest din Timişoara , p. 378).
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