IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
188 À dix-sept ans, j’entre à l’Académie de Bruxelles, admis d’emblée au cours de peinture d’après nature, sous les férules de trois professeurs discordant leurs accents, réservant leurs accords : Joseph Stallaert, Alexandre Robert, Jef Van Severdonck. 9 Dans Trois semaines à l’Académie , Ensor se moque éperdument de ses professeurs bruxellois : TROIS SEMAINES À L’ACADÉMIE Monologue à tiroirs La scène est dans la classe de peinture. Personnages : Trois Professeurs. Le directeur de l’Académie. Un surveillant. Personnage muet : un futur membre des XX. Nota : La vérité des menus propos qui suivent est garantie. I e SEMAINE : M. le professeur Pielsticker. Vous êtes coloriste Monsieur, mais sur 100 peintres il y a 90 coloristes. Le flamand perce toujours chez vous, malgré tout. Je trouve les artistes français très forts ; dans une exposition on les distingue de suite de leurs voisins ; ils sont très forts en composition. Il ne faut pas croire que le professeur abîme l’ étude en la corrigeant ; quand j’avais votre âge je le croyais aussi, maintenant je vois bien que le professeur avait raison. Vous n’avancez pas ! ça n’est pas modelé ! (montrant l’ étude d’un autre élève) : En voici un qui va bien ! malheureusement il est trop paresseux. […] Vous ne voulez pas apprendre ; peindre comme cela c’est de la folie et de la méchanceté. […] 2 e SEMAINE : M. le professeur Slimmevogel Vous avez fait votre fond au lieu de faire la figure ; ça n’est pas difficile de faire un fond. Vous faites le contraire de ce qu’on vous dit. Au lieu de commencer par vos vigueurs, vous commencez par les clairs. Comment pouvez-vous juger votre ensemble ? Il faut faire vos vigueurs avec du noir de vigne et de la terre de Sienne brûlée. 9 James Ensor, Ma vie en abrégé , paru dans Le Littoral , le 1 er septembre 1934, Mes écrits , p. 13. Jan Goes
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