IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
190 ses toiles en un jour médiocre tombant non pas d’une verrière mais à travers les pauvres carreaux d’une baie verticale et parcimonieuse de clarté. Pourtant que de pages merveilleuses s’y élaborent et que de tons admirablement harmonisés y juxtaposent leurs musiques inentendues ! Celui qui surprend Ensor, là-haut, dans son travail, le voit surgir d’un emmêlement d’objets disparates : masques, loques, branches flétries, coquilles, tasses, pots, tapis usés, livres gisant à terre, estampes empilées sur des chaises, cadres vides appuyés contre des meubles et l’ inévitable tête de mort regardant tout cela, avec les trous vides de ses yeux absents. Une poussière amie recouvre et protège ces mille objets baroques contre le geste brusque et intempestif des visiteurs. Ils sont là chez eux pour que seul le peintre leur insuffle la vie, les interroge les fasse parler et les introduise dans l’art grâce à la sympathie qu’ il leur voue et l’ éloquence secrète qu’ il découvre en leur silence. 13 Le séjour d’Ensor à Bruxelles s’étire quand même sur sept ans (1877-1884), il lit beaucoup (entre autres Balzac, dont le récit Jésus-Christ en Flandre lui inspirera Le Christ apaisant la tempête ). Il y fait la connaissance de Théo Hannon, directeur de la revue d’avant-garde L’artiste , puis d’Ernest Rousseau, futur recteur de l’Université Libre de Bruxelles, qui épouse Mariette Hanon, fille aînée de Théo, décédé bien trop jeune. Chez les Rousseau, on discute de l’art parisien (Monet et les impressionnistes, Sisley, Renoir), on y rencontre Edmond Picart, Phélicien Rops, Joris-Karl Huysmans : que du beau monde. Ensor retournera fréquemment à Bruxelles jusque dans les années vingt du siècle suivant pour s’occuper de ses affaires, ou plus banalement, acheter des vêtements ; il rend compte de tout ce qui se passe à Bruxelles dans de très nombreuses lettres et cartes postales à sa sœur : Bruxelles, 29 janvier 1920 Chère sœur, Je vous annonce avec satisfaction que le gouvernement vient d’acquérir six de mes œuvres à l’exposition pour le Musée de Bruxelles. Mr Giroux est à Paris et rentre lundi ou mardi à Bruxelles. Je dois donc attendre son arrivée pour régler le paiement des œuvres vendues à l’exposition. Je rentrerai donc à Ostende mercredi ou jeudi prochain. Ma santé est excellente et je suis enchanté du résultat de l’exposition. Donnez-moi de vos nouvelles. J’espère que tout va bien et que vous êtes tous contents et satisfaits. À bientôt donc et compliments à tous. James 14 13 Verhaeren, James Ensor , p. 12. L’atelier a disparu en l’an 2000, paradoxalement baptisé « année d’Ensor ». 14 James Ensor, À ma chère sœur , 29 janvier 1920. Jan Goes
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