IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
203 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA ENSOR : En effet, l’Allemagne a été le premier pays après la Belgique à s’ intéresser à mon œuvre. Grâce au zèle d’un ami de Hanovre, Herbert von Garvens, et de mon ami anversois François Franck, j’y ai plusieurs fois exposé dans les années 1927-1928… à Mannheim, Leipzig, Dresde et Berlin… EINSTEIN : Oui… maintenant que vous le mentionnez, je me souviens de quelques articles écrits à votre sujet dans la presse nationale. ENSOR (fier) : Je suis connu auprès des artistes allemands. Emil Norde et Eirch Heckel, pour ne citer qu’eux, sont venus me visiter lorsqu’ ils étaient cantonnés en Flandre pendant la guerre. Erich Heckel a d’ailleurs fait mon portrait. Et le peintre Kandinsky et son épouse m’ont également rendu visite, à la maison. En 1929, si je me souviens bien… EINSTEIN ( enthousiaste ) : Mais Maître, vous êtes le Prince des Peintres ! ENSOR : Cela n’a pas toujours été le cas ! À mes débuts, j’ai été couvert d’ injures par la presse, car mes œuvres étaient considérées trop révolutionnaires… On ne comprenait pas. D’ailleurs, beaucoup de critiques ont encore peine à me suivre à ce jour . EINSTEIN : À présent, c’est à mon tour d’ être attaqué. On reproche même à mes conclusions théoriques d’ être « typiquement juives »… Comme si la science était liée à la religion ou à la nationalité ! ENSOR : Cela me semble assurément absurde ! EINSTEIN : Seules deux choses sont infinies, l’univers et la bêtise humaine. Je ne suis toutefois pas encore absolument convaincu de l’ infinité de l’univers… 58 James Ensor décède peu après la Seconde Guerre mondiale (1949). Dans Hommage à James Ensor (1959), livre édité par l’association des Amis de James Ensor qui réunit des hommages venus de douze pays, écrits par vingt-sept personnalités, son ami Ghelderode 59 écrit : S’ il n’est plus l’année des éloges funèbres, il nous paraît prématuré de tenter une évocation solennelle du Maître d’Ostende. L’amitié qui nous liait à lui nous laissera-t-elle jamais toute notre lucidité critique ? En attendant que s’efface l’ émotion de voir le grand Ensor glorifié au seuil de son éternité, laissons plutôt soupirer la mer jouxtant son tombeau et qu’ il a tant aimée, la mer qui lui donna son génie au baptême, avec le sel ; la mer, cette incantante mer si maternelle. Qui sait s’ il a jamais aimé autre chose – cette mer – notre singulier Ensor venu d’où et que ses songes rendaient insaisissable et comme étranger au terroir où ses ancêtres avaient arrêté leur course. Comme son père, Ensor ne bougea plus, 58 Xavier Tricot, Ensor/Einstein , p. 72-74. 59 Michel de Ghelderode, pseudonyme d’Adhémar Adolphe Louis Martens, Belgique, Ixelles, 1898-1962, auteur flamand d’expression française.
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