IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
207 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Bruges , d’Armand Lanoux (France, Paris, 1913-1983), Gust accueille les personnages principaux de ce roman : Robert Drouin, qui a accepté de passer Noël auprès de son ami Olivier Du Roy, interne à l’hôpital psychiatrique de Bruges, et l’épouse du premier. Ils s’arrêtèrent devant la boutique que tenait jadis l’oncle de James Ensor, incrustée dans une maison étroitement serrée par ses sœurs. C’ était, au 27, une bâtisse de trois étages, la façade blanche, livide, avec des balcons et des peintures d’un vert sombre. Cette boutique du XIX e siècle, miraculeusement préservée dans les destructions de deux guerres, cet éventaire de coquillages rares et de masques dégageait, au premier coup d’œil, une poésie morbide d’une haute intensité. Les thèmes de la mer et du fantastique, de la sirène et de la mort, s’y développaient, dans un désordre stylisé, qui tournait au musée, mais qui avait atteint les limites du délire au temps où l’on y vendait pour les touristes des « souvenirs » d’Ostende. Car on n’y vendait plus rien. C’ était une boutique morte, elle-même métamorphosée en bénitier de nacre ouvert sur la rue d’Ostende. « J’ai prévenu le gardien par téléphone ». Olivier sonna, à gauche de la boutique dont Robert ne pouvait dégager son regard, tant elle lui semblait regorger de trésors d’enfants, verroterie, poissons fabuleux, masques ricanants d’un perpétuel carnaval. Une voix étouffée cria : « Ouvrez ! » Ils entrèrent par un couloir étroit, aux murs lessivés, nets. La maison sentait l’encaustique. La casquette plate à visière luisante posée sur la tête, un vieil homme descendait un escalier ciré, comme un crabe, marche à marche, à reculons, et répétait, le dos aux visiteurs, la face bizarrement penchée vers eux : « Entrez, entrez donc, monsieur le docteur ! » Arrivé en bas, l’ homme se retourna. Il était petit et plissé, corpulent et déformé. Dans ce visage chafouin de vieux sacristain, les yeux pétillaient. Il les accueillit avec une pointe de hauteur dans le ton. C’ était Auguste, le serviteur qui avait survécu à son maître. Robert adorait la peinture d’Ensor, mais il était surpris par cette ambiance qui réussissait à être à la fois mystérieuse et bourgeoise. Le medium canularesque qui avait habité ici, bon fils de Breughel et de Jérôme Bosch, hantait toujours sa demeure, peint par Henry de Groux, élégant, souffreteux le visage torturé, les pointes de barbe en flammèche. Il ressemblait à Mallarmé, un Mallarmé qui aurait eu l’expression douloureuse d’Alphonse Daudet. L’ harmonium d’Ensor
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