IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

215 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA son plaisir, aimant chasse, passe-temps et dames, comme la jeunesse le requérait. Et avait une femme fort fâcheuse, à laquelle les passe-temps du mari ne plaisaient point ; parquoi le seigneur menait toujours avec sa femme sa sœur, qui était la plus joyeuse et meilleure compagne qu’il était possible, toutefois sage et femme de bien. Il y avait en la maison de ce seigneur un gentilhomme dont la grandeur, beauté et bonne grâce passait celle de tous ses compagnons. Ce gentilhomme, voyant la sœur de son maître, femme joyeuse et qui riait volontiers, pensa qu’il essayerait pour voir si les propos d’une honnête amitié déplairaient ; ce qu’il fit. Mais il trouva en elle réponse contraire à sa contenance. Et combien que sa réponse fût telle qu’il appartenait à une princesse et vraie femme de bien, si est-ce, que le voyant tant beau et honnête comme il était, elle lui pardonna aisément sa grande audace. Et montrait bien qu’elle ne prenait point déplaisir quand il plairait à elle, en lui disant souvent qu’il ne tînt plus de tels propos. Ce qu’il lui promit pour ne prendre l’aise et l’honneur qu’il avait de l’entretenir. Toutefois à la longue augmenta si fort son affection qu’il oublia la promesse qu’il lui avait faite. Non qu’il entreprît de se hasarder par paroles, car il avait trop contre son gré expérimenté les sages réponses qu’elle savait faire. Mais il pensa que, s’il la pouvait trouver en lieu à son avantage, elle, qui était veuve, jeune et en bon point, et de fort bonne complexion, prendrait peut-être pitié de lui et d’elle ensemble. Pour venir à ses fins, dit à son maître qu’il avait auprès de sa maison fort belle chasse, et que si lui plaisait y aller prendre trois ou quatre cerfs au mois de mai, il n’avait point encore vu plus beau passe-temps. Le seigneur, tant pour l’amour qu’il portait à ce gentilhomme que pour le plaisir de la chasse, lui octroya sa requête et alla en sa maison, qui était belle et bien en ordre comme du plus riche gentilhomme qui fût au pays. Et logea le seigneur et la dame en un corps de maison, et en l’autre vis-à-vis celle qu’il aimait plus que lui-même, la chambre et de laquelle il avait si bien accoutrée, tapissée par le haut et si bien nattée qu’il était impossible de s’apercevoir d’une trappe qui était en la ruelle de son lit, laquelle descendait en celle où longeait sa mère, qui était une vielle dame un peu catarrheuse ; et, pource qu’elle avait la toux, craignant faire bruit à la princesse qui logeait sur elle, changea de chambre à celle de son fils. Et les soirs, cette vieille dame portait des confitures à cette princesse pour sa collation, à quoi assistait le gentilhomme qui, pour être fort aimé et privé de son frère, n’était refusé d’être à son habiller et déshabiller, où toujours il voyait occasion d’augmenter son affection. En sorte que, un soir, après qu’il eût fait veiller cette princesse si tard que le sommeil qu’elle avait le chassa de la chambre, s’en alla à la sienne. Et quand il eut pris la plus gorgiase et mieux parfumée de toutes ses chemises, et un bonnet de nuit tant bien accoutré qu’il n’y faillait rien, lui sembla bien, en soi mirant, qu’il n’y avait dame en ce monde qui sût refuser sa beauté et bonne grâce. Parquoi, se promettant à lui-même heureuse issue de son entreprise, s’en alla mettre en son lit, où il n’espérait faire long séjour, pour le désir et sûr espoir qu’il avait d’en

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