IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

217 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA nul autre que le seigneur de céans, et que le matin je ferai en sorte vers mon frère que sa tête sera témoin de ma chasteté. » La dame d’honneur, la voyant ainsi courroucée, lui dit : « Madame, je suis très aise de l’amour que vous avez de votre honneur, pour lequel augmenter ne voulez épargner la vie d’un qui l’a trop hasardée pour la force de l’amour qu’il vous porte. Mais bien souvent, tel la cuide croître qui la diminue. Parquoi je vous supplie, madame, me vouloir dire la vérité du fait. » Et quand la dame lui eut conté tout au long, la dame d’honneur lui dit : « Vous m’assurez qu’il n’a eu autre chose de vous que les égratignures et coups de poing ? » — « Je vous assure, dit la dame, que non et que, s’il ne trouve un bon chirurgien, je pense que demain les marques y paraîtront. » — « Or puisqu’ainsi est, madame, dit la dame d’honneur, il me semble que vous avez plus d’occasion de louer Dieu que de penser à vous venger de lui ; car vous pouvez croire que, puisqu’il a eu le cœur si grand que d’entreprendre une telle chose, et le dépit qu’il a d’y avoir failli, que vous ne lui sauriez donner mort qui ne lui fût plus aisée à porter. Si vous désirez être vengée de lui, laissez faire à l’amour et à la honte qui le sauront mieux tourmenter que vous. Si vous le faites pour votre honneur, gardez-vous, madame, de tomber en pareil inconvénient que le sien ; car en lieu d’acquérir le plus grand plaisir qu’il ait cru avoir, il a reçu le plus extrême ennui que gentilhomme saurait porter. Aussi vous, madame, cuidant augmenter votre honneur, le pourriez bien diminuer ; et si vous en faites la plainte, vous ferez savoir ce que nul ne sait : car de son côté, vous êtes assurée que jamais il n’en sera rien révélé. Et quand Monseigneur votre frère en ferait la justice qu’en demandez et que le pauvre gentilhomme en vînt à mourir, si courra bruit partout qu’il aura fait de vous à sa volonté ; et la plupart diront qu’il a été bien difficile qu’un gentilhomme ait fait une telle entreprise si la dame ne lui en a donné grande occasion. Vous êtes belle et jeune, vivant en toute compagnie bien joyeusement ; il n’y a nul en cette cour qui ne voie la bonne chère que vous faites au gentilhomme dont vous avez soupçon : qui fera juger chacun que, s’il a fait cette entreprise, ce n’a été sans quelque faute de votre côté. Et votre honneur, qui jusqu’ici vous a fait aller la tête levée, sera mis en dispute en tous les lieux là où cette histoire sera racontée. » La princesse, entendant les bonnes raisons de sa dame d’honneur, connut qu’elle lui disait vérité et qu’à très juste cause elle serait blâmée, vu la bonne et privée chère qu’elle avait toujours faite au gentilhomme ; et demanda à sa dame d’honneur ce qu’elle avait à faire, laquelle lui dit : « Madame, puisqu’il vous plaît recevoir mon conseil, voyant l’affection dont il procède, me semble que vous devez en votre cœur avoir joie d’avoir vu que le plus beau et le plus honnête gentilhomme que j’aie vu en ma vie n’a su, par amour ni par force, vous mettre hors du chemin de vraie honnêteté. Et en cela, madame, devez vous humilier devant Dieu, reconnaître que ce n’a pas été par votre vertu. Car maintes femmes, ayant mené vie plus austère que vous, ont été humiliées par hommes moins dignes d’être aimés qui lui. Et devez plus que jamais

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